Egocentrés

Publié le par FatherLucifer

      

Diable que c'est incorrect !

Diable que c'est incorrect de tremper la cuillère, de faire mille cercles dans la purée de brocolis, de vomir des yeux avant même que de l'avoir goûtée vraiment sa plâtrée de surgélés décongelés micro-ondés. Diable, il n'en fallait pas moins pour ne pas tendre la main aux orphelins de l'estomac, aux épleurés d'une germe de blé, Diable qu'il est incorrect de ne rien bouffer de nos assiettes du pôle occident...

Diable que c'est incorrect de gueuler sa pitié, ses complaisances et sa hargne devant le petit bobo du jogging sur les quais de Seine, devant sa gueule livide au matin du lundi d'une énième semaine à tirer en capitalisme, devant sa misère de petite vie trop cadrée, trop ajustée, qu'elle n'en supporte plus les pets de travers, les parcimonies fielleuses, Diable qu'il est con de se plaindre devant le mendiant sous la porte cochère...

Diable que c'est incorrect de maugréer à la mort, de se faire un flan de nos paralysies virales, de nos poux de contrefaçon, de nos Sida si bien soignés, de nos varices du non-effort. Diable, il est malvenu de supplier Dame à la faux au coup bas de la première larme, au maux d'où l'on ne sait plus d'ailleurs, à la tentation des souffrances berceau de reconnaissance, Diable qu'il est dégueulasse d'implorer la fin quand un moins convaincu s'essoufle dans un dernier cri, à la guerre...

Diable que c'est incorrect de mêler nos corps tendus sous les marbres jaunis, sous les alcôves des nuageuses extases, sous les parfums des épiques poppers, sour la digue qui ne cèdera même pas sous l'enculade. Diable qu'il est permissieux de s'arborer en chairs à dévorer, scruter, souiller, Diable, à nos luxures appauvries dans le mélange des genres, dans la fièvre des vagins fontaine, dans l'immensité des dards érigés, Diable qu'il est de mauvais ton de sensualiser le mot devant une soutane...

Diable que c'est incorrect de parler de l'incorrect, d'en faire une scène de la pièce moderne, mes contemporains l'avaient mesuré, la dispersion, l'inélégance est de mauvaise augure, sans politique, sans moeurs, sans sociabilité, sans amertume non plus. Diable qu'il ne fait pas la nuance le propos éminent, bien-penseur, Diable que je m'en fous de le savoir affâmé, sans le sou, à l'agonie ou frigide, rien que pour ma gueule du malheur et de la désespérance, y'à pas d'échelle qui ne soit vécue, pas de dégré qui ne soit éprouvé, Diable que c'est audacieux de s'égocentrer encore !

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Publié dans Citations

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C
Tu as mille et mille fois raison, mon âme frère. Merci pour de si belles vérités de si bon matin. Tu viens d'embellir toute ma journée...
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F
Bonjour, et merci mon frère...<br /> Tu sais, je voulais juste dire : nous avons bien le droit de nous plaindre, bien le droit de nous effondrer, nous ne sommes qu'au fond du trou de nos propres expériementations avec l'ignorance catégorique du plus malheureux, du plus défait... La jérémiade est excusable, licite quand tout vous semble désoeuvrement ou torture, oui, car nous n'avons pas, à l'instant de douleur, d'autres registres que notre échelle de souffrance, que nos degrés d'amertume...<br /> Se plaindre n'est pas incorrect, c'est ne pas guérir qui l'est...
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