60 000 pensées par jour !

Pierre Daco est un célèbre psychologue qui a écrit plusieurs ouvrages de vulgarisation sur la psychologie. Ce texte m'a fasciné par ses implications phénoménales :
"Chacun de nous, à chaque seconde de sa vie, est la résultante de ce qu'il a été depuis qu'il est né. Chaque moment vécu et en train d'être vécu est l'aboutissement inexorable des milliers d'autres moments qui l'ont précédé, en toute conscience ou dans la plus totale inconscience. De même, le moment que nous vivons est le point de départ de millions d'autres moments de notre vie (et de la vie de ceux que nous cotoyons). A chaque instant nous continuons sur notre lancée."
?... Comment interrompre le processus ? Comment se poser pour mieux apprécier le paysage ? Pourquoi toujours avancer quand tout est déjà là ? Questions faciles mais d'une complexité extrême. Ne plus être son passé, ne plus vivre au futur... Etre là, ici et maintenant, en entier, tout à ce que l'on fait, ni ailleurs, ni avant ni après, oublier le temps, jusqu'à qui on est, pour saisir l'instant dans toute sa beauté ?
"A chaque instant nous subissons ce que nous avons fait précédemment."
Comme un gros sac sur les épaules ! Tout y est, on n'a rien oublié et on part vers le futur chargé comme un mulet ! Avec une énorme bosse dans le dos, quand tout n'a pas été rose...
" Dès notre naissance, chacun de nos actes tissent une gigantesque trame. De plus nous sommes engagés par les actes de nos parents (qui vivent dans notre Surmoi1), les actes des parents de nos parents, etc, un enchaînement fantastique, comme vous le voyez."
Ainsi les actes sont comme des araignées ? Et au bout de cet enchaînement causal, qui suis-je ? Est-ce que je contiens toute l'humanité ?
"Et si nous avons oublié ce que nous étions, faisions, disions, à l'âge de cinq ans, ce que faisaient et disaient nos parents, les parents de nos parents, tous ceux qui nous ont approché, dit ou fait quelque chose, chacune de nos expériences, des millions de millions de moments, il n'empêche que le résultat est inscrit dans nos cellules nerveuses, pour notre bien ou notre mal. Et il en va ainsi pour chaque seconde de l'existence, je vous laisse calculer le nombre de secondes comprises dans votre vie."
Soit pour moi, 1 491 120 000 secondes, environ, qui ont tissé une gigantesque toile... Sachant que le nombre de pensées d'un individu moyen est de 60 000 par jour, soit en gros une pensée toutes les 0,7 seconde, j'arrive à un total de 1 045 000 000 pensées quasi-conscientes, toutes inscrites dans mes neurones, auxquelles il faut rajouter l'agitation de mon inconscient personnel, de mon inconscient collectif et la mémoire de chaque atome qui me compose... Woaw !!! Ca fout le vertige... Hein ?
1 Note de la Documentaliste : [Le Surmoi], traduit de l'allemand Ueberich : " Au cours de l'évolution génétique une partie du Moi va se préparer et s'ériger en tant que juge, s'opposant ainsi au moi et au ça. Il désigne ce désir de correspondre à une image modèle à laquelle le sujet aspire à se conformer pour mériter son amour narcissique, et que l'identification a rendu indissociable de l'amour parental. Freud ajoute que l'idéal du Moi peut être projeté sur une tierce personne. Cette formation du Surmoi est contemporaine du déclin du complexe d'Oedipe et le Surmoi de l'enfant ne se forme pas à travers l'image des parents mais à travers l'image de leurs Surmois. Freud parle alors d'identification à l'instance parentale et non d'identification aux parents. L'image d'un modèle va s'élaborer et formera un idéal que l'individu cherchera à atteindre pour mériter ainsi son amour et sa propre estime. On voit donc l'intérêt de ne pas placer trop haut l'idéal du moi. La constitution du Surmoi se fait par intériorisation des interdits, il devient le représentant de la tradition, des jugements de valeur qui subsisteront. Un point très important : " l'enfant pour s'aimer lui-même doit remplir les conditions qui lui paraissent nécessaires pour être aimé de ses parents. " ...