La vie par procuration
Je viens de voir l'interview "exclusive" de Mylène Farmer sur la chaîne trash par excellence, j'ai nommé TF1. Le thème central était son silence, que je comprends aisément, silence qui devient mystère et la divinise aux yeux de fans en proie à une vénération proche de la folie. J'aime cette femme qui fait son job sans publicité, même si certains osent appeler sa discrétion du marketing. J'aime ses textes aussi subtils qu'ésotériques. J'apprécie son obsession de la mort, qui n'a rien de morbide. J'adore son regard flou dans lequel se lit toute la dualité qui m'écartèle, moi aussi, et bon nombre d'entre nous. Et de fil en aiguille, j'ai fredonné cette chanson de Goldman qui nous parle de ceux qui n'ont plus d'autre choix dans la vie que de vivre celle des autres, devant un poste de télévision, dans la presse à scandales... J'ai chantonné avec tristesse ces quelques rimes pour tous les solitaires qui meurent du manque d'amour :
Elle met du vieux pain sur son balcon
Pour attirer les moineaux les pigeons
Elle vit sa vie par procuration
Devant son poste de télévision
Lever sans réveil, avec le soleil
Sans bruit, sans angoisse, la journée se passe
Repasser, poussière, y a toujours à faire
Repas solitaire, en point de repère
La maison si nette, qu'elle en est suspecte
Comme tous ces endroits où l'on ne vit pas
Les êtres ont cédés, perdu la bagarre
Les choses ont gagné, c'est leur territoire
Le temps qui nous casse, ne la change pas
Les vivants se fanent, mais les ombres pas
Tout va, tout fonctionne, sans but sans pourquoi
D'hiver en automne, ni fièvre ni froid
Elle apprend dans la presse à scandale
La vie des autres qui s'étale
Mais finalement de moins pire en banal
Elle finira par trouver ça normal
Des crèmes et des bains qui font la peau douce
Mais ça fait bien loin que personne ne la touche
Des mois des années sans personne à aimer
Et jour après jour l'oubli de l'amour
Ses rêves et désirs si sages, si possible
Sans cri, sans délires sans inadmissible
Sur dix ou vingt pages de photos banales
Bilan sans mystères d'années sans lumière
Elle apprend dans la presse à scandale
La vie des autres qui s'étale
Mais finalement de moins pire en banal
Elle finira par trouver ça normal
Elle apprend dans la presse à scandale
La vie des autres qui s'étale
Mais finalement de moins pire en banal
Elle finira par trouver ça normal...