Ne plus juger !
Je ne veux pas juger ! Je m'en empêche férocement. Mais quand même... Je suis au restaurant, tout seul devant l'entrée, assis devant mon plateau de fruits de mer. Je vois, donc, défiler tous les affamés qui ont besoin en urgence d'une table, fumeur ou non-fumeur, quel bordel depuis cette fameuse loi. Mais bon, c'est une bonne chose. Bref. Je vois des couples que je juge mal assortis, des belles avec des laids, des gros avec des maigres, des que je n'aimerais pas croiser au fond d'une sombre ruelle. Mais qui sont peut-être géniaux... Mon dieu, comme le jugement m'est instinctif ! J'en vois qui se parlent, face à face mais de loin, comme s'ils faisaient très prudemment connaissance, se cachant souvent la bouche d'une main. Un homme d'affaires, avocat ou notaire, attend impatiemment sa table en regardant dans tous les sens. Je le comprends, qu'est-ce qu'on a l'air bête debout quand tout le monde est assis et que l'on est pas comédien. Ca va et ça vient, ça court dans tous les sens et mon cerveau juge à tire-larigo, tentant de percer les mystères de tous ces inconnus qui passent devant mes yeux. A côté, elle parle de trois superbes écrivains qui auraient pu écrire ensemble : Hemingway, Miller, et un troisième qu'elle a nommé trop bas... A mon avis, ces deux-là n'auraient pas eu grand chose à se dire. Mais ce sont de belles références pour l'écrivant que je suis... Ca me rend le monde tout joli ! Il y a tant et tant de surprises quand on ouvre grand les yeux et les oreilles. Ce sont d'ailleurs mes deux sens préférés. Elle est jolie, toute blonde, la quarantaine belle, et peut-être l'ai-je inspiré en l'écrivant sur mon petit carnet ? Tiens, elle parle de gentillesse ?... Quand j'écris le juge qui me mine... Il n'y a décidément pas de hasard, et putain que c'est bon !