Me mettre au diapason...
Sur un Air du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, j'ai décidé d'écrire l'animal que je suis. Pas l'intello-philosophico-éthéré ! Pas le poète qui rêve de joies et d'air pur ! Surtout pas. Je vais écrire la bête qui est en moi. Pas celle qu'on dit sommeiller, non, la vraie, ma propre bestialité, mes cruautés, ma soif de vivre, mon goût prononcé pour le sang. La bête fauve qu'aucune autre n'égale, grand bien leur soit fait.
Je suis un animal. J'ai des pulsions, des plus instinctives aux plus raffinées… me voilà à faire des fioritures quand je parle de corps. Un effet des notes que j'entends. Cette musique ne m'aide pas pour décrire l'Homme que je suis. Je rugis, je tonne, je gronde, je chasse, je tue, en pensées, en paroles, par actions et par omissions. Je suis une machine de guerre, la pire créature de la terre. Me faudrait du Wagner, la Walkyrie !…
Tant pis, j'écrirai plus triste. Au lieu de parler de la bête féroce, monstre indomptable capable des pires exactions, je parlerai de tout ce qui la pousse à agir ainsi. De ses peurs reptiliennes qui la protègent d'un monde où semble régner un grand chaos.
Tout vit et meurt. En effet. Dans les faits. Réalité bien difficile à accepter quand tout me crie de rester vivant, à tout prix, quitte à tuer des gens, et à m'en foutre, surtout, pour ne pas souffrir comme eux, à cause d'eux, pas pour eux, l'animal bugue. Tout mon corps est programmé pour rester immortel, en totale sécurité, et le hurle : rester vivant quoique cela coûte. Inscrit en chacune de mes cellules. L'impermanence des choses a de quoi lui faire très peur. Et l'animal que je suis se rebelle devant tant d'injustices ! Comment est-ce possible ? Naître, oui, mourir, non jamais, jamais, jamais… Il défend sa peau. Le dos au mur. Il livre de terribles combats contre l'inanité d'un tel destin. Bâtir, manger, boire, se reproduire, tous les jours, se protéger, être à l'abri… Tout ça pour ça ? Alors quitte à ce que ce soit court, que ce ne soit que du plaisir. Car le sauvage que je suis adore se faire du bien : bien bouffer, bien boire, bien baiser, font partie des joies de la vie et tapissent son vocabulaire. ... Le voilà moins méchant qu'il n'y paraît tout à coup. Il, lui, moi sommes au moins d'accord sur un point : le bonheur est bon pour le corps. Et pour l'esprit.
Le voilà donc cet animal programmé pour survivre et se perpétuer. Comme un de ceux que l'on voit dans nos zoos, à défaut de ne bientôt plus les voir sur notre terre. Il est fait pour ça, pour la vie qu'on lui a donné et veut s'ébattre sans soucis à l'abri de tout danger. Comme le font les enfants dans les bacs à sable. N'avoir peur de rien, avant d'être imbibé des peurs de ses parents, être ouvert à tout, avant que l'on nous apprenne à être civilisés, sourire aux anges, avant qu'ils disparaissent parce qu'on nous croit fous, sans réfléchir, pour le plaisir… Mais tout devient si compliqué quand on grandit…
Sonate au Clair de Lune… Est-ce que ça tombe bien ? Est-ce que j'écris en Nocturnes ? Il me parle ce drôle de bonhomme tour à tour animal, sauvage, hédoniste, bien peureux et très égoïste, que je suis. Je comprends mieux pourquoi je fais les choses, des choses... Dailleurs, pourquoi les bonnes choses sont-elles si souvent interdites ?...
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