Ouverture
Je n'ai jamais écrit sur Elle. Le grand E parce que c'est un gros morceau. Je prends mon fidèle dictionnaire pour débarasser le mot des impuretés que le temps a déposé : " espace vide, libre, faisant communiquer l'intérieur et l'extérieur ", l'un avec l'autre, pas l'un vers l'autre ce qui évoquerait une inégalité entre les deux. J'aime bien l'idée. "Action d'ouvrir ce qui était fermé ", je crois que j'en suis là. " Commencement ", ben il était temps ! Et la cerise sur le gateau, gâteau ?, à quoi ça sert un accent circonflexe ?, c'est bizarre tous ces signes, ici un chapeau, là une accolade, un point qui affirme, une flèche qui part : " facilité à comprendre et à admettre ce qui est nouveau, inhabituel ". Soit tout. Tout est toujours nouveau ! Chaque seconde m'entraîne vers un nouveau moment, un nouveau départ vers l'inconnu, que vais-je faire tout à l'heure ?, où serai-je demain ?, que va-t-il se passer en dépit de tous mes plans soigneusement élaborés pour éviter tous les tracas d'une vie qui, ma foi, n'est pas toujours aussi rose qu'on le dit, pas pour tout le monde, y a qu'à regarder la télé, quels seront mes derniers mots ? S'ouvrir serait donc accepter de ne pas savoir grand chose, de n'avoir sur les évènements que fort peu de contrôle, de ne pas être devin, et d'accueillir ce qui vient car c'est ainsi que cela est. Ouais... Ben j'ai du pain sur la planche. En moi ça résiste à tout cris : j'ai peur de l'inconnu. Et je crois qu'au fil des années cette peur prend beaucoup trop d'importance et remplit ce que je devrais laisser vide, libre, entre moi et dehors. Est-ce cela vieillir ? Je me protège, pas envie d'avoir mal, j'ai trop souffert, j'veux plus. Je me recroqueville au fond de ma caverne, je me sclérose, je me paralyse, je me ferme. Ouvert : " libre d'accès, sincère, éveillé, manifeste ". Ouais, y a pas à tortiller, j'vais travailler mon ouverture.
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