Merci les gars, les filles !

Publié le par chrisStJames

Il y a ceux qui ne voient rien. Je crois qu'ils font semblant. Surtout pas un regard, leurs yeux passent sur moi sans la moindre émotion apparente, comme s'ils ne voulaient pas que je remarque leur attention à nos différences. A croire que je suis transparent. Il y a aussi ceux qui ne voient rien mais rien du tout, jusqu'à marcher sur ma canne à m'envoyer dans le décor, ceux qui me frôlent et menacent dangereusement mon équilibre précaire. Faute d'attention ou de goût ?, je n'ose pas me prononcer, mais il me vient parfois l'envie de les faire chanceler à leur tour. Elle passe, tout passe, suffit de pas fixer. Et puis il y a ceux qui me voient venir de loin et qui font de grands détours au cas où l'appel d'air de leurs démarches entraînerait une chute qu'is ne veulent pour rien au monde, les gentils qui me tiennent la porte, jusqu'à en faire trop, souvent j'en rougis, les compatissants qui me sourient avec chaleur, peut-être bien d'anciens éclopés. En voiture, ils freinent doucement pour que je n'ai pas peur et dans un grand geste d'ouverture me donnent le temps de traverser. Alors je leur dis merci deux fois plutôt qu'une, le temps que dure ma progression héroïque. Une fois parvenu de l'autre côté de la rue, j'ai droit à un signe de la main, et je vois dans leurs yeux qu'ils ont le coeur tout léger. Alors je leur souris une dernière fois de toutes mes dents, car je sais qu'ils reproduiront avec tous mes compagnons d'infortune ce geste délicat qui nous a fait du bien. A ces anonymes qui nous rendent la vie plus douce, je voulais rendre un hommage vibrant. Grace à eux, mon  handicap s'allège et devient une source de joie qui me rappelle à quel point l'humanité peut être belle et bonne.

         

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Publié dans Journal intime

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N
C'est très vrai!! tes mots disent tout... espérons qu'ils ouvriront d'autres yeux! Je connais la douleur, tu le sais.. mais elle a toujours été lié pour moi à l'espoir d'un mieux... j'admire beaucoup ce que tu es, ta communion avec la vie, aussi dure qu'elle soit pour toi.. je n'aurai pas ce courage. Quand, j'ai appris la maladie de ma fille, je me suis dit que si elle devait me quitter il n'y aurait plus de place pour moi ici-bas... tu vois j'avais renoncé à ma vie. Et puis... aujourd'hui elle va mieux... alors moi aussi. La douleur du toujours... je ne crois pas que j'aurai eu la force...Mille bisous
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C
<br /> Je n'avais pas perçu qu'il y avait un vrai débat : le regard sur la différence, le regard de l'handicapé sur lui-même... Tu as raison Nanoo, il y a de la part de certains un orgueil mal placé, qui vient à mon avis du sentiment profond de ne plus être normal et de l'envie de l'être encore, ce qui crée un conflit épuisant pour tout le monde. A se refuser son handicap, on en vient à refuser toute forme d'aide qui le montre. Suis-je clair ? Peut-être que le regard de l'autre commence en soi. C'est vrai que je ne renie pas ma canne, et dieu sait qu'à mon âge je pourrais être révolté, je ne juge pas quand on me regarde, je sais qu'on se demande ce que j'ai, une cheville cassée, un accident de voiture. Mes étudiants m'ont aidé là-dessus en me demandant le premier jour ce que j'avais. Je ne leur ai pas dit, bien sûr ai-je envie de rajouter, il y a toujours une certaine honte de ne pas être en forme, mais j'ai trouvé ça très frais, une franchise qui m'a touché. J'ai accepté de ne plus être comme avant, avec des larmes et des cris, mais j'ai passé le cap, c'est ainsi. Donc quand on me fixe, je ne le prends pas mal, quand on m'ouvre la porte je suis tout content et quand on me laisse traverser je suis reconnaissant. Si je refusais mon état je prendrais certainement ombrage d'une sollicitude que je trouverais révoltante, arguant que je suis normal. Tu as raison, il y a bien de la part des handicapés une souhaitable prise de conscience à avoir afin de ne pas pourrir la relation à l'autre. Et vice-versa, car c'est bon aussi que le "normal" connaisse la profndeur douloureuse du conflit qui se livre en l'handicapé. D'ailleurs, sans conflit, serait-il handicapé ? Vaste débat... Bises Nanoo !<br />
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N
Si tous les gens qui souffrent pensaient comme toi, il y aurait peut-être moins de gêne ou moins de questions dans le regard de ceux qui les croisent. Mais je connais quelques handicapés et quelques "grands malades"qui refusent tout geste de compassion ou d\\\'aide, tout regard aimable ou compréhensif, qu\\\'ils prennent pour de la pitié. D\\\'où peut-être cette hésitation que l\\\'on ressent. Je pense que certains handicapés ne veulent pas voir de différence dans le regard des gens, ou une attention particulière; ils veulent être comme tout un chacun... et je comprends ce désir et ce besoin.
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C
Souris Anna, juste souris, comme ça, sans rien, vois-les car tu ne peux faire autrement, ils le savent, ils les sentent, vois-les vraiment, montre-leur qu'ils existent encore, qu'ils font partie de ce monde,q u'ils sont enocre des humains. Je suis sûr que tu le fais, te pose plus la question, je suis sûr qu'ils savent ta compassion. Merci Anne, je t'aime très fort.
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A
C'est notre propre sclérose que tu mets en évidence... quand nos regards se figent sur le corps qui souffre, c'est notre humanité qui se paralyse. Entre trop ou pas assez, entre montrer qu'on a vu et faire semblant de montrer qu'on n'a pas vu pour ne pas offenser... les gestes malhabiles, la douleur qui se lit dans le visage, les réflexes mal contrôlés... cette envie de toucher le but sans passer par les étapes, cette ébullition des pensées qui vont trop vite... je sais... je sais...En parler? Se taire? Insinuer qu'on a compris sans le dire pour autant... Je ne sais pas Chris... je ne sais toujours pas ce que je dois dire ou faire... quand mon chemin croise celui d'un handicapé. Je t'embrasse
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