Histoire de clavier
Je commence à peine à le sentir mon blog. Je vois se dessiner des lignes directrices, des passions de longue haleine, je commence à m'installer chez moi. Je n'y étais pas tout à fait. J'ai longtemps hésité, que dire, que montrer, sur quel ton, de quelle manière, et voilà que m'apparait comme un intime évidence que j'adore les photographes. Presqu'autant que les mots. Ce qui me pousse à les mettre en avant, respectant autant que possible le titre de leurs clichés, qui ont beaucoup à dire, parcourant leurs pages pour assurer mon premier plaisir, j'y réussis toujours. Des images se glissent désormais entre mes mots qui fusent comme ça leur chante, évitant autant qu'il m'est possible mon auto-censure... Je m'habitue aussi à mon clavier. J'ai repéré les touches principales, le e, le r, il y en a partout, la virgule, le retour, du petit doigt. Je ne me sens pas encore tout à fait à l'aise, j'ai des doigts qui ne savent pas encore quoi faire, ou qui se plantent systématiquement, surtout sur le q, va savoir pourquoi. Ca me rappelle une copine qu'a paumé le o sur son clavier. Elle ne pouvait plus écrire vouloir, pouvoir, amour, ce sont ses mots. Elle râle, prend un douche et répare le o, du coup. C'est vrai que ce sont des mots essentiels : vouloir et pouvoir et amour, elle pouvait encore écrire aimer mais c'est quand même amour qui sonne le mieux. Le désir et la capacité lui a manqué dix minutes, ce doit être une baisse de pression, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Moi, j'ai toutes mes lettres qui marchent... Mais pas placées où je voudrais. J'ai l'impression que mes mains sont trop grandes pour lui. Bref. Faut que je cherche une autre mot que bref. C'est comme si me coupais en plein milieu d'une conversation ! Le bref veut dire que j'ai l'impression qu'il est plus petit que l'autre, et qu'il fait un bruit de caoutchouc quand je pianote, et c'est pas une impression, ma grand-mère était pianiste, ça forme l'oreille. J'arrive pas à m'y faire ! Rebref. Et je me recoupe. Bref. En fait, c'est un tic d'écriture que j'ai. Je mets des brefs partout pour pouvoir passer à autre chose, sinon je sens que je vais partir des heures sur un truc dont je parlais pas, que je ne pensais même pas, et qui me fait perdre le fil de mes pensées. C'est comme plein de chemins qui so'uvrent à mesure que j'écris. J'en prends certains, pas bien loin si l'idée prime dans le texte, l'Idée je veux dire, la ligne de fond qu'il faut suivre, avec des bouteilles quand c'est pas en apnée. Parce que ne pas prendre un petit chemin me gêne souvent. Faut que je me relise, j'sais pus où j'en suis. Tiens, je vais pas me relire, je parlais de quoi ? Parce que quand j'écris en fait je parle. J'ai une voix dans ma tête qui me dicte des mots, j'écoute leur musique, j'anticipe les lettres sur la page, et je tapote avec allégresse sur mon clavier. Quoique l'allégresse, c'est pas encore gagné. J'suis en rodage sur mon clavier.
Publicité