C'est pas beau un hall d'hôpital la nuit
Assis dans le hall, je regarde l'heure passer. 4h30... Déjà 1h30 et 2 cafés, j'hésite pour le 3ème qui ne saurait tarder ne serait-ce que pour passer quelques minutes de plus occupé à quelque chose qui justifie ma présence nocturne aux yeux des soignants endormis qui passent en traînant les pieds, intrigués de me voir écrire à pas d'heure. Me recoucher ne servirait à rien. La seule envie que j'ai c'est de me raser afin de reprendre figure humaine, de paraître en bonne santé. L'autre qui déboule est d'en finir au plus vite avec ma dernière perf et de rentrer à la maison, de me doucher, de tout oublier dans l'eau qui ruisselle et de me faire du bien jusqu'à plus soif. Oublier... Les râles de souffrance, les corps raidis et torturés, l'odeur acre des désinfectants industriels, le bruit des chariots brinqueballants, les conversations acides des aide-soignantes en manque de reconnaissance, les sonneries stridentes des appels au secours, les toux, les reniflements, les gens qui tapent de l'argent pour boire un café, les visages tristes, émaciés, crispés, les yeux larmoyants... Oublier ce concentré de souffrance qu'est un hôpital, la dernière escale pour une majorité d'entre nous, oublier la mort qui rode dans les couloirs, jamais en manque, jamais déçue et qui fauche sans distinction d'âge, de sexe, de rang, de race et de religion. J'ai envie de me noyer dans l'insouciante innocence des bien-portants qui se croient à l'abri de cette douloureuse expérience dont on sort meurtri, quel que soit le motif de son admission. J'ai envie de ne plus savoir ce qui se trame loin des yeux et des coeurs dans ce grand bâtiment de 12 étages où souffrent des centaines d'êtres en manque d'amour. Car tout est là. Car tout vient de là.
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