Tout va bien docteur, mais ça m'angoisse...
C'est notre époque qui veut ça. Combien on est à se demander si aller bien est normal sur cette planète ? Elle est belle, posée au milieu des cieux sur le bord d'une petite galaxie poétiquement appelée Voie Lactée, mais elle ne tourne plus très rond, on dit même qu'elle va bientôt changer de sens. Remarque je la comprends ! Quand on voit ce qui se passe, mieux vaut changer de direction.
- Je vais bien docteur. Je vous assure, je n'ai pas de problèmes, je dors, je mange, je bois. Je peux baiser aussi, à couilles rabattues, quand je veux, c'est moins difficile qu'avant et on est nombreux à partager. Tous mes besoins sont satisfaits, je vais donc bien. Mais quand j'allume la télé, je crois que je déprime.
- Pourquoi l'allumez-vous ?
- J'sais pas. C'est un réflexe, une fenêtre ouverte sur le monde. Mais celui que je vois n'est pas bien rose. Parfois, je m'en veux d'aller aussi bien...
- Vous vous en voulez ?
- Oui. Mais je sais que ça ne changera pas les choses. Chacun vit la vie qu'il a choisi, et fait les expériences dont il a besoin pour grandir. Mais bon sang, qu'est-ce qu'on aime se faire du mal chez nous ! Pourquoi ça ne rentre pas dans la joie ? Pourquoi apprenons-nous nos leçons avec des baffes ?
- La douleur vous choque ?
- Férocement. L'enfer est sur terre. En regardant les infos, je suis toujours abasourdi par la capacité humaine à créer du malheur. Jamais, sans la télé, je n'aurai connu autant de façons de se tuer. Ou de mourir. Et ce mot mort qui revient sans cesse, 20 ici, 250 000 là, 22 000 000 depuis la dernière guerre, morts sous les balles, les obus, les bactéries. Comment je fais avec toutes ces images dans la tête ? C'est ça le prix à payer pour être civilisé ? Et on me demande de donner.
- Donnez-vous ?
- Il y en a tant. En plus, le pognon arrive rarement là où il faut. Je ne crois plus personne. Dans la rue, oui, je donne, à ceux que je vois, même s'ils vont aller le boire, peu importe ce qu'ils en font, je leur donne pour eux, sans savoir si ma goutte à l'océan de leurs besoins servira à quelque chose de "constructif". Qu'ils mangent, qu'ils boivent, qu'ils dorment, qu'on s'en occupe, c'est le plus important. Jamais moins d'un euro. Je crois qu'ils feraient la gueule à moins. Parce qu'il y en a des gonflés, qui font la fine bouche, assis sur leur trottoir comme une mère maquerelle de la pitié. Ca m'énerve. J'aime bien donner à qui sait recevoir, avec un " merci ", un " dieu vous bénisse ! " , un mot en échange de mon pognon. Tiens, je ne savais pas, j'attends quelque chose finalement de mon don, un retour, des fois un sourire, mais ils ont du mal.
- Vous avez une grande sensibilité. Les choses vous touchent, malgré votre meilleure volonté à prendre du recul. Vous m'avez dit que chacun fait les expériences dont il a besoin pour grandir.
- Oui ?
- Pourriez-vous laisser, maintenant, l'autre libre de vos attentes ? D'une vie meilleure, de moins de souffrances. Son chemin est le sien, sa mort lui appartient.
- Et rien à faire pour changer les choses...
- Nous n'en sommes pas là. Chaque situation est un message, chaque message a son destinataire. Tant que le message ne passe pas, l'expérience se poursuit.
- Pour le plus grand bien de chacun, je sais. Tout évolue et il n'y a qu'un sens, le meilleur. Je sais, oui. Enfin j'essaie. Chacun est responsable de sa vie, miroir de son état d'esprit. Ben, dis donc, j'aimerais pas habiter dans leurs têtes.
- Et ce n'est pas le cas.
- Je vais bien docteur. Je vous assure, je n'ai pas de problèmes, je dors, je mange, je bois. Je peux baiser aussi, à couilles rabattues, quand je veux, c'est moins difficile qu'avant et on est nombreux à partager. Tous mes besoins sont satisfaits, je vais donc bien. Mais quand j'allume la télé, je crois que je déprime.
- Pourquoi l'allumez-vous ?
- J'sais pas. C'est un réflexe, une fenêtre ouverte sur le monde. Mais celui que je vois n'est pas bien rose. Parfois, je m'en veux d'aller aussi bien...
- Vous vous en voulez ?
- Oui. Mais je sais que ça ne changera pas les choses. Chacun vit la vie qu'il a choisi, et fait les expériences dont il a besoin pour grandir. Mais bon sang, qu'est-ce qu'on aime se faire du mal chez nous ! Pourquoi ça ne rentre pas dans la joie ? Pourquoi apprenons-nous nos leçons avec des baffes ?
- La douleur vous choque ?
- Férocement. L'enfer est sur terre. En regardant les infos, je suis toujours abasourdi par la capacité humaine à créer du malheur. Jamais, sans la télé, je n'aurai connu autant de façons de se tuer. Ou de mourir. Et ce mot mort qui revient sans cesse, 20 ici, 250 000 là, 22 000 000 depuis la dernière guerre, morts sous les balles, les obus, les bactéries. Comment je fais avec toutes ces images dans la tête ? C'est ça le prix à payer pour être civilisé ? Et on me demande de donner.
- Donnez-vous ?
- Il y en a tant. En plus, le pognon arrive rarement là où il faut. Je ne crois plus personne. Dans la rue, oui, je donne, à ceux que je vois, même s'ils vont aller le boire, peu importe ce qu'ils en font, je leur donne pour eux, sans savoir si ma goutte à l'océan de leurs besoins servira à quelque chose de "constructif". Qu'ils mangent, qu'ils boivent, qu'ils dorment, qu'on s'en occupe, c'est le plus important. Jamais moins d'un euro. Je crois qu'ils feraient la gueule à moins. Parce qu'il y en a des gonflés, qui font la fine bouche, assis sur leur trottoir comme une mère maquerelle de la pitié. Ca m'énerve. J'aime bien donner à qui sait recevoir, avec un " merci ", un " dieu vous bénisse ! " , un mot en échange de mon pognon. Tiens, je ne savais pas, j'attends quelque chose finalement de mon don, un retour, des fois un sourire, mais ils ont du mal.
- Vous avez une grande sensibilité. Les choses vous touchent, malgré votre meilleure volonté à prendre du recul. Vous m'avez dit que chacun fait les expériences dont il a besoin pour grandir.
- Oui ?
- Pourriez-vous laisser, maintenant, l'autre libre de vos attentes ? D'une vie meilleure, de moins de souffrances. Son chemin est le sien, sa mort lui appartient.
- Et rien à faire pour changer les choses...
- Nous n'en sommes pas là. Chaque situation est un message, chaque message a son destinataire. Tant que le message ne passe pas, l'expérience se poursuit.
- Pour le plus grand bien de chacun, je sais. Tout évolue et il n'y a qu'un sens, le meilleur. Je sais, oui. Enfin j'essaie. Chacun est responsable de sa vie, miroir de son état d'esprit. Ben, dis donc, j'aimerais pas habiter dans leurs têtes.
- Et ce n'est pas le cas.
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