Buddha Bar II
Travail du jour ! De la musique à fond dans les oreilles, je teste un style plus particulier d'écriture : celle d'ambiance. Les notes entraînent mes mots au fil des évocations qu'elles suscitent en moi. Buddha Bar II, Party 2, tout un programme ! Utilité ? Aucune. Perte de temps ? Je me pose la question. Et préfère m'imaginer athlète à l'entraînement. Devant moi la piste. Je fais des assouplissements, je dérouille mon inspiration, je vais au bout de moi-même comme un coureur de fond. Violons… J'adore… Légers, aériens, comme une douce chanson d'amour des temps anciens. Aurais-je vécu à cette période pour l'aimer autant ? Etais-je écrivain dans mes autres vies ? D'où me vient cette passion qui me prend tout entier sans que je puisse exercer la moindre volonté pour la juguler ? La batterie prend le dessus. Ho, lente et chaleureuse, pas un solo rockn'roll, beaucoup de grosse caisse, des glissés, quelques chassés de cymbales, rien qui me retourne la tête ni me donne envie de danser.
Piste 2… " When you do something that you love…" Pouvait pas tomber mieux ! Comme le hasard devient signifiant... Elle me demande l'heure, c'est le matin, elle me dit de rendre les choses plus faciles, je m'y efforce, encore alors que je devrais laisser faire. "Free now from pressure !" " When you do something that you love, you do it well, no matter " … Où va le chemin, se demande-t-elle accompagnée de sa lumière, le chemin de sa vie, le chemin de ses rêves ? Bonne question qui ne demande aucune réponse. Peut-être même qui ne se pose plus lorsque l'on est partie du tout. Mais que je me pose encore à longueur et longueur de temps. Le sens de la vie, de la mienne, de ceux qui me croisent… Il y en a un, simple et compliqué, une question de matière qui résiste devant toutes les pensées qui m'inondent.
Piste 3… L'Amérindien se lève ! Une force étrange m'envahit. Je vois un feu de bois, la voûte étoilée, le chaman les bras dressés pour une invocation rituelle qui me donne les clés de ma véritable dimension. Je vois la planète, ses arbres, ses monts et ses plages, ses frondaisons. Je sens son cœur qui bat et je bats avec elle. Car je suis elle aussi comme je suis l'étoile qui brille, le soleil qui s'embrase ou l'infini que j'admire, tant. C'est moi qui donne vie à tout ça, par moi ça existe. Amérindien, Indienne ou Moine, le chant s'amplifie, proche du Aum salvateur. "Transformation"… Que c'est bon à entendre. Que c'est bon de se savoir si nombreux sur la même voie.
Piste 4… L'exercice est éprouvant. Me voici au Tibet. Quelques moines se sont regroupés pour saluer le matin de leurs chants et danses sacrés. Je les regarde, les cheveux défaits par le vent qui souffle fort à de telles altitudes. Pas froid. Je les écoute admiratif. Parfaitement en rythme dans une syncope propice à l'abandon, ils envoient leurs pensées positives à un monde qui en a bien besoin. Bras ouverts ils tournent et tournent et tournent comme des derviches, j'en vois même un qui s'élève. Le moment est magique. Ses pieds nus ne touchent plus terre. Les yeux fermés il tourne comme une toupie tandis qu'un fil d'argent le relie au ciel et à la terre. De mes pieds monte une énergie que je ne connaissais pas. Le sommet de mon crâne s'ouvre pour laisser pénétrer la lumière du matin qui m'envahit… tout entier… Je suis tout blanc de l'intérieur. Putain, que c'est beau !
Piste 5… Il pleut. Je suis dans une jungle tropicale. Les feuilles plient sous le poids de l'averse qui abreuve la terre riche en humus. Les odeurs m'enivrent. Il pleut et le ciel est bleu. Les arbres avaient faim, Gaïa le savait. Je sors de mon abri et lève mon visage pour recevoir la pluie salvatrice. J'ouvre la bouche pour laver mon intérieur, dedans, dehors, partout l'eau de la Vie. Je frotte mon corps afin qu'il se débarrasse de toutes les impuretés accumulées au fil des ans. Avec vigueur puis doucement. Je n'oublie aucun coin, je furette partout, je me lave à grandes eaux. Baptême. Je suis nu et je fusionne avec les éléments. Nu je suis arbre et feuille et la goutte d'eau qui crée l'océan. Mes yeux se ferment, mes narines aspirent, mes poumons se nettoient, mon estomac se dénoue, mes jambes s'enracinent. Aucune pensée ne me vient tant je participe au plaisir de ma régénération.
Piste 6… Le rythme est de plus en plus soutenu. C'est l'after-dinner, l'heure de se lever et de danser repu et satisfait. Violon tzigane, djumbés, les parfums d'Orient m'envoûte. La musique se fait tribale. Ma tête s'anime et trouve son tempo tandis qu'un chanteur arabe se lance dans une longue mélopée qui m'ensorcelle. Je danse autour du feu. Hommes, femmes et enfants nous dansons pour célébrer la Vie. La transe nous appelle. Le détachement est à son comble. L'individu s'efface pour la grande connexion.
Piste 7… Chiffre magique par excellence, 6 me dit la platine, tant pis, il sera mon septième. Visions de villes gigantesques, d'autoroutes saturées sur lesquels défilent des milliers de voitures, pistes de night-clubs… Je n'y suis plus… Piste trop calibrée : je dérape… Pause.