De la connaissance
Un maître dit à ses élèves : « La connaissance emprunte le chemin suivant. Vous êtes d’abord inconsciemment incompétent, vous ne savez rien et ça ne vous dérange pas le moins du monde car vous n’avez aucune conscience de votre ignorance. Au fil des hasards de la vie, vous vous apercevez de vos lacunes. Vous devenez alors consciemment incompétent : je ne sais pas et je le sais, et je voudrai bien savoir. La nature étant ainsi faite qu’elle a horreur du vide, le trou doit être comblé. Vous allez donc vous renseigner, apprendre, lire, analyser jusqu’à absorber tout ce qui concerne le domaine inconnu. A force de patience et de maîtrise vous devenez consciemment compétent. Lorsque toutes les connaissances ont été parfaitement intégrées, lorsque tout est acquis et devient inné, vous voilà devenu inconsciemment compétent. Observez-vous quand vous conduisez votre voiture.
Au cours de ce processus, quand une nouvelle connaissance se rajoute, à condition qu’elle ne soit pas réductrice, souvent par la destruction d‘une plus ancienne que vous croyiez bonne mais qui s’avère totalement erronée, de nombreuses perturbations vous animent et créent des conflits identiques à ceux qui poussèrent nos ancêtres à tuer Galilée lorsqu’il voulut faire savoir que la terre était ronde. Une nouvelle connaissance est souvent bien longue à triompher… Voilà pourquoi dans toute acquisition de savoir se niche le stress. Les valeurs sont dérangées, les anciennes croyances sont mises à mal, le savoir en déroute, car il y a toujours quelque chose de plus à savoir que l’on croyait bien connaître. »