Parcours

Publié le par chris StJames, BO Mylène Farmer

Dans la voiture, en écoutant Mylène Farmer chanter désanchantée, je me disais que vieillir c'était perdre son innocence. C'est vrai. Plus on mûrit et plus les souvenirs s'amoncellent et moins on ose, d'ailleurs le corps ne suit plus. Et puis je me suis dit que c'était trop court, ou trop sombre. J'ai retourné la phrase dans tous les sens : pour rester jeune garde ton innocence, à coeur innocent la jeunesse, tous pour l'innocence, enfin plein de mots pour éloigner la vieillesse qui nous guette tous et peut nous aigrir vite.
Mal vieillir, c'est soupirer souvent, bloqué dans ses problèmes, vieux eux aussi. D'ailleurs les psys sont tous d'accord pour dire qu'ils ne peuvent plus faire grand chose passé la soixantaine. C'est croire à tort qu'on fait tout bien et se dire qu'on aurait pu mieux faire si on avait su, et à force de ne plus vouloir refaire les mêmes erreurs on ne fait plus rien du tout. C'est tout savoir et finies les remises en question, d'ailleurs à part ce qu'il y a après, on n'en a plus beaucoup. Avec pour seule vision la maladie et la mort qui s'approche en faisant beaucoup de bruit dans les os... Mal vieillir c'est oublier l'autre, en attendre du respect, à qui ?, pourquoi ?, quand l'âge ne suffit pas à faire le sage. C'est s'accrocher à ses vieilles habitudes comme Harpagon à sa cassette, après tout elles ont servi et servent encore pour affronter la fin d'une vie qui n'a pas toujours été rose. Mal vieillir, c'est oublier d'aimer le peu de temps qu'il nous reste.
De fil en aiguille, j'aime bien tricoter les mots, j'en suis arrivé à me dire qu'on faisait les choses à l'envers. Quand on est jeune et fort, prêt à déplacer des montagnes, on n'a pas un sou vaillant pour aller plus loin que le café de la place, et ce sont les vieux qui font le tour de la terre quand leurs jambes préfereraient un bon sofa, leur tête un bon bouquin, et leur coeur un gros chat posé dessus. Je les ai vus dans les cars, aux quatre coins de la planète, dans les meilleurs hôtels, sur les plus beaux bateaux de croisière, à l'ombre la plus dense autour de piscines à deux pas de plages tropicales où je suis sûr que tous les jeunes aimeraient se vautrer,
au moins le sable aurait servi à quelque chose. J'ai vu leurs soupirs pendant les visites guidées, leur envie de s'arrêter, leurs joues rougies par l'effort, par le soleil, par le décalage horaire et les nuits trop courtes, la surdose soudaine d'alcool et de trop lourde chair. Ce sont bien ceux qui perdent leur capacité physique qui découvrent le monde, tandis que ceux qui le pourraient dans les meilleures conditions passent leurs vacances au pied de l'immeuble à garder la petite soeur. Faut m'expliquer. On fait tout à l'envers.
Et j'en suis arrivé à penser à mes expériences dans la maison de retraite... Quand le vieux redevient un bébé. Mais ça c'est une autre histoire.


 
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Publié dans Journal intime

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