Le Routier
Comment décrire l'ambiance surannée de la salle de resto au bord de la Nationale ? Tapisserie fânée à motifs floraux ternis, carrelage de faux marbre tacheté d'éclats noir sales d'une crasse inaliénable. Dans un coin un renard empaillé qui ne chasse plus rien du tout. Une perdrix et un coq de bruyère sur leurs branches semblent étonnés de ne pas être le plat principal. Le vieux frigo refroidit comme il le peut le buffet d'entrées campagnardes. On dirait qu'il va s'endormir... Les chaises sortent tout droit d'une école communale du 19ème, elles étaient déjà là quand les chars sont passés pour délivrer Orléans. Au mur une caricature du patron façon Superman, un poster de la grande rue au siècle dernier qui montre que le village n'était déjà qu'un lieu de passage. Sous l'éclairage néon-morgue, seul à sa table un cinquantenaire célibataire regarde la chaise vide qui le nargue. Deux grandes fenêtres laissent entrevoir la nationale et ses voitures pressées de retrouver un monde connu. Le ciel est terne, le resto vide... Où suis-je ?
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