Journal intime - Mon dernier texte
A qui je l'écris ? Faut que je fasse la liste des invités, je sais que beaucoup seraient tristes de ne pas m'accompagner jusqu'à ma dernière demeure. Moi, je m'en foutrai, j'aurai pas besoin de ça pour savoir tout l'amour qu'ils avaient pour moi. Note :
"Parler de l'amour que je leur portais."
Note 2 : "Faire la liste des invités, et ne pas oublier de détendre l'atmosphère."
Il me faudrait un texte ouvert et positif, qui célèbre la mort comme une renaissance et leur donne du courage. Il faudrait un texte qui porte vers moi leurs sourires. Je ne veux pas de désolation. Je ne veux pas qu'on me retienne sur terre sous des cascades de larmes, des révoltes ineptes, des "si j'avais su". Je m'en foutrai de tout ça ! D'ailleurs, c'est déjà le cas.
Me faudrait un texte drôle qui tourne la mort en dérision, qui ouvre les coeurs et leur donne mon pardon, si tant est que j'ai quelque chose à leur pardonner. Plutôt le contraire, à mon avis.
Note : "Leur demander pardon pour tout ce que j'ai loupé..."
Il me faudrait des mots écrase-regrets, des phrases pousse-aux-rires, des enchaînements larmes-en-retraite.
Pas trop long. Pas la peine de s'appesantir quand c'est si triste. De toute façon, faudra bien se quitter. Elle regrettera nos coups de fil, il se maudira de ne pas s'être manifesté, ma mère insultera les cieux comme toute bonne corse. Mes enfants se demanderont longtemps s'ils n'auraient pas pu faire mieux tant qu'il en était encore temps. Mais tout ça, ce sera du passé sans grande importance.
Me faudrait un texte qui leur fasse oublier leurs remords et leurs regrets, et qui me donne leur pardon, pour tout ce que j'ai fait, et pas, que j'aurais du faire, mais voilà, c'est fini pour moi, la terre.
Me faudrait un texte qui leur montre ma foi en une autre dimension qu'ils ne voient pas mais qu'ils connaissent si bien. Mais je ne veux pas leur parler de dieux, d'apotres et encore moins d'archanges, les hommes ont tant galvaudé leur amour.
Tiens l'amour. C'est d'amour que je dois leur parler, leur donner mes derniers conseils, même si j'ai pas tout compris. Peut-être m'entendront-ils enfin d'outre-tombe leur dire de s'aimer très fort avant toute chose, car tout commence par soi. Faudra aussi que je leur touche un mot sur le bon dans le mauvais et vice-versa, histoire qu'ils tombent pas dans le piège infernal de la dualité. Je voudrais aussi leur parler du regard, du miroir...
Voilà, va falloir que j'écrive mon dernier texte. Avec tout ça... Mais peut-être bien que je viens de le faire. 17 juillet 2007
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