Pourquoi tant attendre ?

Publié le par Christian Pélier

Un ange passe… Tout content de le faire à un moment pareil. Il aime ça, l’altruisme, le don sans attentes, et l’absence d’attente en général, source cruelle de tous les manques et de toutes les déceptions. De toute façon, il aime tout, c’est son métier.
L’attente… Encore !… Le nœud du problème ! Par exemple, une connaissance te promet de t’appeler, tel jour, à telle heure, et il insiste bien sur ta présence impérative, c’est très important, presque vital… Voilà une semaine que tu attends. Il t’a oubliée… La trahison est minime, certes, mais il y a bien une promesse qui a créé ton espoir, notamment si c’est l’être avec qui tu aimerais passer le reste de ta vie. Tu n’as jamais autant regardé ton téléphone. D’ailleurs tu n’avais jamais vu à quel point il était sale autour des touches et tu l’as nettoyé des dizaines de fois. Tu connais maintenant par cœur le clavier et tu peux composer son numéro les yeux fermés, ne serait-ce que pour lui dire ta façon de penser, ça te mine, que ce n’est pas joli, qu’on ne promet pas si c’est pour ne pas tenir, que la prochaine fois tu sauras à quoi t’attendre de sa part, et de tous les autres, ils sont tous pareils… Tu as attendu, il t’avait promis, tu es trahie et tous les autres écopent… Tu répètes à qui veut l’entendre qu’il est très grossier de promettre et de ne pas tenir, que jamais tu ne ferais une chose pareille même à ton pire ennemi. Tu ne veux plus ressentir cette douleur perfide et tu te protèges pour que ça n’arrive plus. Désormais tu ne donneras ta confiance qu’à bon escient, passant à côté de mille choses qui n’attendaient que toi, et il sera difficile de t’apprivoiser. Tu attendais son appel, une lettre, quelque chose, et tu es déçue, frustrée, aigrie quand rien de ce que tu avais prévu n’arrive.
Tout le monde attend quelque chose, un geste, un signe, une longue vie, le bonheur, le succès… On attend tous, tout le temps, et on n’est jamais là. On attend l’être aimé, d’avoir beaucoup d’argent, on attend la gloire et tous les honneurs, la reconnaissance dont on a tant besoin, on en veut toujours et toujours plus encore. On manque tellement de tout sans vraiment bien savoir de quoi. Et on attend que nos scénarios se réalisent, bons ou mauvais selon la dose d’optimisme que l’on y met. Ça paraît si impossible de ne pas attendre ! Existe-t-il un seul instant de la vie où l’on n’attende rien ? Juste se satisfaire de l’instant tel qu’il est, d’être là, en parfait accord avec soi-même ?… On fait tous de tels efforts pour être aimé, pour conforter l’image que l’on a de soi, la plus parfaite, de préférence celle que les autres attendent, qu’il est bien humain d’en attendre des récompenses. On attend d’être rassuré au lieu de se rassurer soi-même, que l’autre croit en nous au lieu d’y croire nous-mêmes, de se surprendre au lieu de connaître sa propre valeur. L’attente est bien le début de tous les cercles vicieux. L’humanité vit dans l’attente. L’humanité attend prisonnière de sa mémoire et de ses rêves. L’humanité attend l’amour et tous ses cadeaux, le bonheur, la joie, la sécurité, la paix, la satisfaction de tous ses besoins même si la plupart n’ont aucune raison d’être. On attend tous l’amour comme le naufragé son île, dans un coin loin de tout où plus rien de tragique ne peut nous arriver…
Ainsi, l’absence d’attentes est bien la fin d’une drôle de souffrance, on ne risque plus d’être déçu car on n’a rien espéré et tout peut arriver. Et n’est ce pas le fin du fin de ne plus rien espérer ? Le Nirvana ? D’être juste là, de laisser faire et d’accepter la vie qui s’avère, malgré tout, bien intéressante à vivre, encore plus si on sait que nous tenons tous notre destin entre nos mains ? Jusqu’au jour où l’on comprend qu’on peut aimer sans rien attendre du tout et qu’il s’agit même du principe de l’amour… Alors, l’esprit se tait et les pensées s’apaisent, vient l’heure d’observer la vie dans le plus grand silence. Ne rien attendre, même pas le bonheur, ça doit être ça vivre heureux. Heureux celui qui n’attend rien car il a tout.
 
Publicité

Publié dans Prof

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Et espérer c'est attendre... Tu as tant raison. Existe-t-il sur terre un être qui n'ait plus d'espoir, non, qui n'ait pas d'espoir ? Et si oui, par quoi l'a-t-il remplacé ? Quelle est la valeur qui le guide ? La connaissance qu'il possède ? ... Ne les a t'on pas appelé "prophètes" ?... Et pourtant leurs messages étaient plein d'espoir pour ceux qui n'en avaient plus. <br /> J'aime vraiment ta réflexion à chaud car tu as utilisé, je crois, qui suis-je pour savoir, le mot magique : "abandon". Que n'ai-je écrit sur l'abandon, l'absence de contrôle, le lacher-prise, se couler dans la rivière de la vie et du milieu du fleuve impétueux voir la création palpiter... C'est si grand tout ça.<br /> Par contre Babiche, qu'est-ce qui t'a fait si mal, dis-moi le fond de ta douleur, quelle est cette souffrance qui transparait dans chacun de tes mots, quel paradis perdu pleures-tu encore ????
Répondre
L
Moi je n'attends pas...Je suis déjà quelque part glacée d'avoir trop attendu...Car dans l'attente tu as l'espoir...Donc attendre c'est peut être aussi espérer...Ne rien attendre, c'est ne plus espérer, ou espérer que dans le silence de cet abandon la magie existe...<br /> La Babiche, réflexion à chaud...
Répondre