Journal intime - Un cap ? Quel cap ?...
Que dire après... tant de jours... sans mes mots...
Que dire quand on n'a durant si longtemps pas écrit une seule ligne digne de ce nom... Ne pas parler de ce qui est derrière, évidemment, ne pas aborder ce qui s'annonce, surtout pas. Juste tenter de trouver une autre voie...
Tout au long de ce passage à vide, j'ai compris que nous possédions tous en nous notre enfer et notre paradis, que le bonheur ou le malheur sont là où l'on est et qu'il n'est pas d'ailleurs meilleur. Pas question de se fuir, impossible de se résister, tout est à accepter car tout a sa raison, et tout est toujours là où l'on est. Voilà, je le crois, la nouvelle voie d'un homme qui n'a plus rien à perdre, et plus le temps d'avoir peur, ni de dieu ni du diable.
Beaucoup de sages ont vanté les mérites de la souffrance, certains la portant au rang de vertu, une question de dépassement, pour Freud de compensation. ... Oui, c'est évident. Oui, la souffrance est productive, et le bon toujours dans le mauvais. Ainsi tourne la terre, ainsi va l'univers du plus petit atome qui compose le temple merveilleux que nous habitons à celui qui déclenche la bombe de l'apocalypse, du tueur d'enfants à celui qui sacrifie sa vie pour sauver des inconnus prisonniers au sommet d'une tour en flamme. A chacun sa raison d'être, pour dieu sait quelle raison. Ainsi, oui, dans la souffrance se cache toujours un bien que le supplicié découvrira, un jour ou l'autre, immanquablement, quand la révolte aura enfin fait place à l'abandon, à la confiance.
Plus rien à perdre, pas le temps d'avoir peur, inutile de se révolter, alors autant me laisser faire. Car le hasard ne favorise que les esprits préparés...
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