C'est ça notre humanité ?
Si, comme tous les français, tu passes devant ta télé plus de quatre heures par jour, il a du t'arriver, forcément (et dieu soit loué), à moins que tu ne sois un vampire assoiffé de sang, ou un serial-killer en manque de chairs tailladées, ou la réincarnation d'un bourreau nazi étudiant l'effet de la douleur sur un corps en vie, il a du t'arriver, et je te le souhaite du fond du coeur, de te demander pourquoi tant de morts défilent sur ton écran.
Si cela t'a quelque peu travaillé, et que ton écran n'a pas englouti jusqu'à la dernière de tes neurones dont TF1 fait son festin quotidien, probablement après un grand coup de gueule, ou un coup de sang salutaire à la vue d'un cadavre ouvert et sanguinolant que dépècent avec calme, et non sans une de ces pointes d'humour que l'on attend immanquablement de ceux qui baignent en permanence dans l'horreur de la condition humaine, sa mort si peu ragoutante sauf pour les vers de terre... Si, donc en proie à une subite crise de conscience, tu as pris le temps d'éplucher ton programme télé pour voir quelle dose de bonheur en retirer, loin des machabées dans les frigos, des violeurs d'enfants, des assassins cupides, des amants sanguinaires, alors tu n'as pas pu ne pas te rendre compte à quel point notre télé ressemble en tout point à ces arènes romaines que l'on a tant décriées.
Aucun empereur ne pouvait se passer des jeux pour imposer sa gloire et son pouvoir. Le peuple voulait du sang ? Qu'il en ait. Et que les combats durent le plus longtemps possible... Plus de gladiateurs ? Alors qu'on amène les impies et les lions... Plus d'impies ? Alors qu'on aligne des chars aux roues hérissées de lames. Et que ça saigne ! Et que ça crie ! Tant que le peuple est content.
Plus de 80% de la programmation télévisuelle, à commencer par les informations, n'est faite que de sang qui gicle, a giclé ou giclera. Les bons tuent les méchants qui ont tué les bons, le tout sur grand écran sans aucun carré blanc. Et nous alignons nos gosses devant, pour avoir la paix, leur montrant un monde fou qui ne pense qu'à la mort, et aux pires façons de la donner.
Rien n'a changé...
Nous nous disons civilisés mais rien ne nous différencie des foules meurtrières du temps de la Rome antique. Sans l'invention de la télé, les arènes existeraient encore.
La télé nous donne ce que nous lui demandons : l'enfer...
C'est à nous de la changer pour qu'enfin la vie jaillisse dans toute sa beauté.
Publicité