Noé expie ses fautes
C'est bon, c'est beau, ça coule, m'interpelle, me remue le coeur dans une belle cadence. Y a des moments de joie intense sur nos blogs, celui-là en est un. Je voudrais être éditeur pour nous publier, en une grande oeuvre collective que s'arracherait la foule avertie de nos lecteurs ébahis. Mais qui sait ?... Caressons le doux rêve, car peut-être bien qu'un jour, c'est sur du beau papier que Noé voguera vers d'autres aventures...
Noé expie ses fautes en direct de http://absoluvindicatif.over-blog.com/ :
" J'ai haussé des nids perchés, tout droits vers le ciel, qui s'assombrit en ces prochaines matinées d'hiver, des nids tout confort de bois et de paille, quelques centimètres carrés douillets, j'en ai dressé plusieurs, les pies viendront y recéler leurs butins, les pigeons viendront se réfugier, maintenant chassés de la grande ville, et les corbeaux se mettront en terrasse, des fois que les vieux des alentours y laissent leurs peaux des rigueurs hivernales. Je leur ferai pas payer la location, non, ils me récompenseront de leur tournoiements dans mes horizons.
J'ai fabriqué des niches calfeutrées, rembourrées des vieilles couvertures, usées avec toi. J'ai construit de petites bâtisses, pour les chiens affamés du coin, les bâtards, les pedigrees, les roquets en tout genre. Quelques décimètres carrés de chaleur, les derniers os de la dinde des fêtes, que nous ne célèbrerons pas. Non, je ne leur ferai toujours pas la chasse aux échéances mensuelles, logés à bonne enseigne, les carnivores me chanteront les hurlements du crépuscule.
J'ai placé les gamelles sous le balcon, juste à côté des litières parfumées. Les félins du quartier, les chattes de la maisonnée s'y retrouveront pour des banquets aux sardines, des tablées aux maquereaux. Bien sur, on supportera leurs cris stridents, les européens, norvégiens ou angoras, mais la saison des amours s'achève, avec les feuilles qui recouvrent notre préau. Payeront pas la dîme les matous, viendront seulement ronronner dans mon cou, ça suffira largement.
J'ai rempli les abreuvoirs, vaches et cochons, qui s'ennuient à l'étable. La cohabitation pas toujours odorante, qu'importe, des lits de pailles, le foin à foison et les pis tranquilles... M'a fallu louer un immense hangar, oui, mais je demanderai rien qu'un peu de lait, juste du nectar pour mon café des matins frigorifiés.
L'automne est là, l'hiver bientôt, je suis en bonne compagnie, tu vois... On s'accompagne aisément, quand on n'a plus le goût des couscous partagés, accroupis, les mains dans la semoule... Je dois dire que tu me manques, la ménagerie sans toi, c'est joyeux, bien sûr, mais ça mériterait bien une bergère, un bon vieux bougre de paysan, l'arche tourne moins rond sans toi....
Noé est là, Noël bientôt, je vais refermer les volets, veux-tu, le déluge est proche et, j'ai beau faire les choses gratuitement, je sais bien qu'il est pas dupe là-haut... Des égoismes à rattraper, de la méchanceté à expier, va me faire la peau, même si je l'achève à temps, la grande arche...