Se libérer du connu 1

Publié le par Krishnamurti

        J'ai trois maîtres. Bien qu'ils s'en défendraient haut et fort, trois génies ont marqué ma vie et m'ont prêté main forte quand tout s'écroulait autour de moi : Jung, Krishnamurti et Nietzsche.
         
              
        Tous trois sont allés au-delà de la matière, de nos lois, de toute idéologie. Tous trois ont dénoncé la morale, les rites, les croyances. Tous trois sont allés loin, très loin sur le chemin de l'individuation : le Soi de Jung, le Surhomme de Nietzsche, l'être de Krishnamurti. J'ai trouvé en eux une nouvelle voie : la troisième, celle du milieu, le fil du rasoir, qui passe par une liberté si totale qu'elle en devient effrayante. Car il n'est pas de tout repos d'être en permanence intimement conscient de sa propre responsabilité en toutes choses, y compris dans tout ce qui arrive de par notre vaste monde…
        J'ai décidé, d'un commun accord unilatéral, de taper, pour moi, pour toi, afin de l'intégrer une fois pour toutes, l'œuvre que je considère comme maîtresse dans l'héritage que nous a légué Krishnamurti : "Se libérer du connu". Tout au long de ses pages, il nous répétera mille fois qu'il n'est ni maître ni guru ni prophète ni messager, pourtant le chemin qu'il nous indique me semble le plus adapté pour qu'enfin naisse l'être humain, celui de l'ère du Verseau. Si, comme moi, tu as besoin de regarder au fond de toi afin de découvrir ta véritable identité, alors tu trouveras ici ton bonheur.
           
              
La recherche humaine. Les esprits torturés. L'orientation traditionnelle. Le piège des bien-pensants. L'être humain et l'individu. Le conflit de l'existence. La nature fondamentale de l'homme. La responsabilité. La vérité. Se transformer soi-même. Comment on dissipe l'énergie. Se libérer de l'autorité.
        
        Au cours des âges, l'homme a toujours cherché un quelque-chose, au-delà de lui-même, au-delà du bien-être : un quelque-chose que l'on appelle Dieu, ou la réalité, ou l'intemporel, que les contingences, la pensée, la corruption humaine ne peuvent altérer.
        L'homme s'est toujours posé, au sujet de l'existence, la question fondamentale : "De quoi s'agit-il ? La vie a-t-elle un sens ?" Plongé dans l'énorme confusion des guerres, des révoltes, des brutalités, des incessants conflits religieux, idéologiques, nationaux, il se demande, avec un sens intime de frustration, comment en sortit, que veut dire vivre, et s'il n'existe rien au-delà.
        Et ne trouvant pas cet innommable aux mille noms qu'il a toujours cherché, il a recours à la foi en un Sauveur ou en un idéal : à la foi qui invariablement suscite la violence.
        En cette perpétuelle bataille que l'on appelle vivre, on cherche à établir un code de comportement adapté à la société, communiste ou prétendument libre, dans laquelle on a été élevé.
        Nous obéissons à certaines règles de conduite, en tant qu'elles sont parties intégrantes de notre tradition, hindoue, islamique, chrétienne, ou autre. Nous avons recours à autrui pour distinguer la bonne ou la mauvaise façon d'agir, la bonne et la mauvaise façon de penser. En nous y conformant, notre action et notre pensée deviennent mécaniques, nos réactions deviennent automatiques. Nous pouvons facilement le constater en nous-mêmes.
        Depuis des siècles, nous nous faisons alimenter par nos maîtres, par ,os autorités, par nos livres, pas nos saints, leur demandant de nous révéler tout ce qui existe au-delà des collines, au-delà des montagnes, au-delà de la Terre. Si leurs récits nous satisfont, c'est que nous vivons de mots et que notre vie est creuse et vide : une vie, pour ainsi dire, de "seconde main". Nous avons vécu de ce que l'on nous a dit, soit à cause de nos tendances, de nos inclinations, soit parce que les circonstances et le milieu nous y ont contraints. Ainsi, nous sommes la résultante de toutes sortes d'influences et il n'y a rien de neuf en nous, rein que nous ayons découvert par nous-mêmes, rien d'originel, de non corrompu, de clair.
        L'histoire des théologies nous montre que les chefs religieux ont toujours affirmé qu'au moyen de rituels, que par des répétitions de prières ou de mantras, que par l'imitation de certains comportements, par le refoulement des désirs, par des disciplines mentales et la sublimation des passions, que par un frein, imposé aux appétits, sexuels et autres, on parvient, après s'être suffisamment torturé l'esprit et le corps, à trouver un quelque-chose qui transcende cette petite vie.
        Voilà ce que des millions de personnes soi-disant religieuses ont fait au cours des âges ; soit en s'isolant, en s'en allant dans un désert, sur une montagne ou dans une caverne ; soit en errant de village en village avec un bol de mendiant ; ou bien en se réunissant en groupes, dans des monastères, en vue de contraindre leurs esprits à se conformer à des modèles établis.
        Mais un esprit torturé, dont les ressorts sont brisés, qui n'aspire plus qu'à échapper aux difficultés de la vie, qui a rejeté le monde extérieur parce que des disciplines et des conformismes l'ont abêti – un tel esprit, chercherait-il longtemps, ne trouverait jamais que l'image de sa propre déformation.
      
         Donc il me semble que la recherche en vue de découvrir s'il existe ou non un quelque-chose au-delà de cette existence angoissée, coupable, apeurée, compétitive, doit s'orienter dans une direction complètement différente.
        L'approche traditionnelle consiste à aller de la périphérie vers l'intérieur, avec l'idée que le temps, les dévotions, le renoncement permettront d'atteindre graduellement cette fleur intérieure, cette beauté intérieure, cet amour. En bref, on fait tout ce qu'il faut pour se rendre étroit et mesquin, pour se dégrader : "Epluchez petit à petit ; prenez du temps ; demain ou la prochaine vie feront l'affaire…" et lorsque, enfin, on arrive au centre, on s'aperçoit qu'il n'y a rien, parce qu'on s'est rendu amorphe, incapable, insensible.
         Ayant observé ce processus, on est amené à se demander s'il n'existe pas une approche inverse : ne serait-il pas possible d'exploser à partir du centre ?
         Le monde entier accepte en pratique l'approche traditionnelle. La cause fondamentale du désordre en nous-mêmes est cette recherche d'une réalité promise par autrui. Nous obéissons mécaniquement à celui qui nous promet une vie spirituelle confortable. Alors que la plupart d'entre nous sont opposés à la tyrannie politique et à la dictature, c'est extraordinaire à quel point nous acceptons l'autorité et la tyrannie de ceux qui déforment nos esprits et qui faussent notre mode de vie. Donc, si nous rejetons complètement – non en pensée, mais en fait – toutes les prétendues autorités spirituelles, toutes les cérémonies religieuses, les rituels et les dogmes, cela veut dire que nous nous retrouvons seuls et que nous sommes déjà en conflit avec la société : en somme, nous cessons d'être ce que l'on appelle des êtres humains "respectables". Cet être humain "respectable" ne peut en aucune façon parvenir ne serait-ce qu'à proximité de ce quelque-chose, de cette infinie, de cette immesurable réalité.
         Supposons maintenant que vous ayez rejeté , comme étant totalement erronée, la voie traditionnelle; vous ne faites que réagir contre elle, vous engendrez en vous-mêmes un nouveau prototype, qui sera un nouveau piège. Si vous vous dites, intellectuellement, que ce rejet est une excellente idée, et n'agissez pas en conséquence, vous n'irez pas plus loin. Si, cependant, vous reniez cette approche parce que vous comprenez qu'elle manque de maturité, et qu'elle est stupide, si vous la rejetez en y appliquant une intelligence profonde parce que vous êtes libres et que vous n'avez pas peur, vous serez la cause d'un grand trouble en vous-mêmes et autour de vous, mais vous aurez échappé au piège de la respectabilité. Alors vous vous apercevrez que vous ne serez plus en état de recherche. Et c'est bien cela qu'il faut commence par apprendre : ne plus chercher. En somme, cherche la vérité, c'est passer de la vitrine d'une boutique à une autre.
        
        La question de savoir s'il existe un Dieu, une Vérité, une Réalité (selon le nom qu'on veut lui donner) ne peut jamais trouver de réponse dans des livres, chez des prêtres, des philosophes ou des Sauveurs. Personne et rien ne peut répondre à cette question si ce n'est vous-mêmes, et c'est pour cela que la connaissance de soi est nécessaire. Manquer de maturité, c'est manque de se connaître. Se connaître est le début de la sagesse.
         Et qu'êtes-vous ?… Ce vous individuel, qu'est-il ? Je pense qu'il y a une différence entre l'être humain et l'individu. L'individu est une entité locale, qui vit dans tel pays, qui appartient à telle culture, à telle société, à telle religion. L'être humain n'est pas une entité locale. Il est partout. Si l'individu n'agit que dans un coin du vaste champ de la vie, son action n'aura aucun lien avec la totalité. Veuillez donc tenir présent à l'esprit que ce dont nous parlons est la totalité, non la partie, car dans le plus grand est le plus petit, mais dans le plus petit, le plus grand n'est pas. L'individu est cette petite entité, conditionnée, misérable et frustrée, que satisfont ses petits dieux et ses petites traditions, tandis que l'être humain se sent responsable du bien-être total, de la totale misère et de la totale confusion du monde.
        Nous, les êtres humains, comme ce que nous avons été pendant des millions d'années, colossalement avides, envieux, agressifs, jaloux, angoissée et désespérés, avec d'occasionnels éclairs de joie et d'amour. Nous sommes une étrange mixture de haine, de peur et de gentillesse ; nous sommes à la fois violents et en paix. Il y a eu un progrès extérieur depuis le char à bœufs jusqu'à l'avion à réaction, mais psychologiquement l'individu n'a pas du tout changé et c'est l'individu qui, dans le monde entier, a créé les structures des sociétés. Les structures sociales extérieures sont les résultantes des structures intérieures, psychologiques, qui constituent nos relations humaines, car l'individu est le résultat de l'expérience totale de l'homme, de sa connaissance et de son comportement. Chacun de nous est l'entrepôt de tout le passe. L'individu est l'humain qui est toute l'humanité. L'histoire entière de l'homme est inscrite en nous-mêmes.
        Veuillez, je vous prie, observer ce qui agit aussi bien en vous-mêmes qu'en dehors de vous, dans la société de compétition où vous vivez : une volonté de puissance, le désir d'acquérir une situation sociale, du prestige, un nom, la recherche du succès… observez les réussites dont vous êtes si fiers, le champ global que vous appelez vivre ; observez les conflits dans tous les domaines des relations, et la haine, la brutalité, les antagonismes, les guerres sans fin qu'ils provoquent. Ce champ, cette vie, est tout ce que nous connaissons ; et comme nous sommes incapables de comprendre l'énorme bataille de l'existence, nous en avons peur et essayons de nous en évader par toutes sortes d'artifices. Et nous avons peur, aussi, de l'inconnu, peur de la mort, peur de ce qui se cache au-delà de demain.
         Ainsi, nous avons peur du connu et peur de l'inconnu. Telle est notre vie quotidienne, en laquelle il n'y a pas d'espoir et où toutes les philosophies, toutes les théologies ne sont que des évasions hors de la réalité de que ce "est" en tout état de fait.
         
         Les structures de tous les changements extérieurs qu'amènent des guerres, des révolutions, des réformes, des lois ou des idéologies, ont été incapables de modifier la nature profonde de l'homme, donc des sociétés. En tant qu'individus humains vivant dans la monstrueuse laideur de ce monde, demandons-nous donc s'il est possible de mettre fin à des sociétés basées sur la compétition, la brutalité et la peur. Posons-nous cette question, non pas comme une spéculation ou un espoir, mais de telle sorte qu'elle puisse rénover nos esprits, les rendre frais et innocents, et faire naître un monde totalement neuf. Cela ne peut se produire, je pense, que si chacun de nous reconnaît le fait central que nous, individus, en tant qu'êtres humains, en quelque partie du monde que nous vivions, ou à quelque culture que nous appartenions, sommes totalement responsables de l'état général du monde.
        Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l'agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent. Ce n'est qu'en nous rendant compte – non pas intellectuellement mais d'une façon aussi réelle et actuelle qu'éprouver la faim ou la douleur – que vous et moi sommes responsables de la misère dans le monde entier parce que nous y avons contribué dans nos vies quotidiennes et que nous faisons partie de cette monstrueuse société, de ses guerres, ses divisions, sa laideur, sa brutalité et son avidité – ce n'est qu'alors que nous agirons.
       Mais que peut faire un être humain ? Que pouvons-nous faire, vous et moi, pour créer une société complètement différente ? Nous nous posons là une question très sérieuse : est-il possible de faire quoi que ce soit ? Que peut-on faire ?… Quelqu'un pourrait-il nous le dire ? De soi-disant guides spirituels – qui sont censés comprendre ces choses mieux que nous – nous l'ont dit en essayant de nous déformer, de nous mouler selon certains modèles, et cela ne nous a pas menés loin ; des savants nous l'ont dit en termes érudits et cela ne nous a pas conduits plus loin. On nous affirmé que tous les sentiers mènent à la vérité : l'un a son sentier en tant qu'Hindou, l'autre a le sien en tant que Chrétien, un autre encore est Musulman, et ils se rencontrent tous à la même porte – ce qui est, si vous y pensez, si évidemment absurde.
        La Vérité n'a pas de sentier, et c'est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu'elle n'a pas de lieu où se reposer, qu'aucun temple, aucune mosquée ou église, qu'aucune religion, qu'aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire – alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l'agonie et la douleur que vous vivez.
         La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu'en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de la voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l'espoir et la peur.
        Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n'existe pas de guide, pas d'instructeur, pas d'autorité. Il n'y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n'y a pas autre chose. Lorsque l'on s'en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme et de l'amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
        
         Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes – sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punitions – pouvons-nous provoquer dans l'essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l'esprit de compétition, l'angoisse, la peur, l'avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d'exister ?
        Il est important de comprendre au départ que je ne cherche pas à formuler quelque philosophie, quelque concept, idée ou structure théologique. Il m'apparaît que toutes les idéologies sont totalement idiotes. Ce qui importe, ce n'est pas d'adopter une philosophie de la vie, mais d'observer ce qui a lieu, en toute vérité, dans notre vie quotidienne, intérieurement et extérieurement. Si vous l'observez de très près et si vous l'examinez, vous verrez que tout ce qui se passe est basé sur des conceptions intellectuelles : et pourtant, l'intellect n'est pas toute la sphère de l'existence : ce n'en est qu'un fragment, et un fragment, quelque habile que soit son assemblage, quelque antique que soit sa tradition, n'est encore qu'une petite partie de l'existence, tandis que ce qui nous importe c'est la totalité de la vie. Lorsque nous voyons ce qui a lieu dans le monde, nous commençons à comprendre que ce n'est pas l'effet de deux processus, l'un extérieur, l'autre intérieur, mais qu'il n'existe qu'un seul processus unitaire, un seul mouvement entier, total : le mouvement intérieur s'exprimant en tant qu'extérieur et l'extérieur réagissant à son tour sur l'intérieur.
        Etre capable de regarder tout cela, me semble être la seul chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l'ensemble devient très clair et regarder n'exige ni philosophie ni maître. Il n'est guère utile qu'on vous dise "comment" regarder : regardez, et voilà tout.
       Pouvez-vous, alors, voyant le tableau général de ce qui est, le voyant, non pas intellectuellement, mais en fait, pouvez-vous aisément, spontanément, vous transformer ? Là est le point essentiel : est-il possible de provoquer une révolution totale dans la psyché ?
   
        Je me demande comment vous réagissez à une telle question. Peut-être pensez-vous que vous ne voulez pas changer. C'est le cas de beaucoup de personnes, surtout de celles qui se sentent en sécurité socialement et économiquement ; ou de celles qui sont fermement établies dans leurs croyances dogmatiques et qui, volontiers, s'acceptent telles qu'elles sont et acceptent le monde tel qu'il est (ou tel qu'il serait si on le modifiait quelque peu). Ce n'est pas à ces personnes-là que nous nous adressons. Vous pourriez aussi penser, d'une façon subtile, que l'entreprise est trop difficile, qu'elle n'est pas pour vous. Dans ce cas vous vous seriez bloqués, vous auriez cessé de vous interroger et il serait inutile de prolonger notre entretien. Vous pourriez encore me dire : "je vois la nécessité d'un changement fondamental en moi, mais comment dois-je m'y prendre ? Veuillez me montrer le voie, aidez-moi à atteindre ce but." Dans ce cas, ce ne serait pas le changement qui vous intéresserait, ce ne serait pas une révolution totale ; vous ne seriez qu'en quête d'une méthode, d'un système en vue de provoquer ce changement.
         Si j'étais assez sot pour vous donner un système et si vous étiez assez sots pour l'adopter, vous ne feriez que copier, imiter, vous conformer, accepter, et en fin de compte ériger en vous-mêmes une autorité, laquelle provoquerait un conflit entre elle et vous. Vous éprouveriez la nécessité de faire ce que l'on vous a dit, tout en vous sentant incapables de le faire. Vos inclinations, vos tendances, vos besoins seraient en conflit avec le système que vous croiriez devoir suivre et vous seriez dans un état de contradiction. Vous mèneriez ainsi une double vie entre l'idéologie du système et la réalité de votre existence quotidienne. En essayant de vous conformer à l'idéologie, vous vous oblitéreriez vous-mêmes tandis que ce qu'il y a de vrai n'est pas l'idéologie : la vérité est ce que vous êtes. Si l'on essaie de s'étudier selon autrui, on demeure indéfiniment une personne "de seconde main".
         L'homme qui dit : " je veux changer, dites-moi comment m'y prendre " peut paraître très profondément sincère et sérieux, mais il ne l'est pas. Il est à la recherche d'une autorité, dans l'espoir qu'elle mettrait de l'ordre dans sa vie. Mais son ordre intérieur pourrait-il jamais être instauré par une autorité ? Un ordre imposé du dehors provoque presque toujours un désordre.
         Tout cela peut être vu intellectuellement. Mais pouvez-vous le vivre en vérité, de telle sorte que votre esprit cesse de projeter toute autorité, celle d'un livre, d'un maître, d'un conjoint, d'un parent, d'un ami, de la société ? Parce que nous avons toujours fonctionné dans le cadre de formules, celles-ci sont devenues notre idéal et notre autorité. Mais aussitôt que nous voyons que la question "comment puis-je changer ?" engendre une nouvelle autorité, nous en avons fini avec l'autorité, une fois pour toutes.
        Reprenons clairement la question : je vois la nécessité de changer complètement, depuis les racines de mon être ; je ne peux pas être tributaire d'une tradition parce que les traditions one engendré cette colossale paresse que sont l'acceptation et l'obéissance ; je ne peux absolument compter sur personne ni sur rien, sur aucun maître, aucun Dieu, aucune croyance, aucun système, aucune pression ou influence extérieures… Que se produit-il alors ?
         Et d'abord, peut-on rejeter toute autorité ? Son on le peut, c'est qu'on n'a palus peur. Et alors qu'arrive-t-il ? Lorsqu'on rejette une erreur dont on a porté le fardeau pendant des générations, qu'est-ce qui a lieu ?… ?N'arrive-t-il pas que l'on est animé d'un surcroît d'énergie ? On se sent davantage capable d'agir, on a plus d'élan, plus d'intensité, plus de vitalité. Si ce n'est pas cela que vous ressentez, c'est que n'avez pas rejeté le fardeau, c'est que vous ne vous êtes pas débarrassés du poids mort de l'autorité.
Mais lorsqu'on s'est débarrassé et que l'on possède cette énergie en laquelle ne subsiste aucune peur, aucune crainte de se tromper, de ne pas savoir choisir entre le bien et le mal, cette énergie n'est-elle pas, alors, la mutation ? Une immense énergie nous est nécessaire, et nous la dissipons dans la peur ; mais lorsque cette vitalité survient du fait que nous avons rejeté la peur sous toutes ses formes, c'est elle-même, cette énergie, qui provoque en nous une révolution radicale : nous n'avons pas à intervenir du tout.
        Ainsi l'on reste seul avec soi-même et cet état est effectivement celui de l'homme qui considère ces questions avec beaucoup de sérieux : ne comptant sur l'aide de personne ni de rien, il est libre de s'en aller vers des découvertes. La liberté est inséparable de l'énergie et celle-ci, étant libre, ne peut jamais rien faire qui soit erroné. La liberté diffère totalement de la révolte. La question de "faire bien" ou de "faire mal" ne se pose pas dans la liberté. Etant libre, on agit à partir de ce centre, on est donc sans peur. Un esprit dégagé de toute peur est capable de beaucoup aimer, et l'amour peut agir à son gré.
         
         Ce que nous entreprendrons maintenant, c'est la connaissance de nous-mêmes, non pas cette connaissance selon moi ou selon tel analyste ou tel philosophe, car cherche à se connaître selon quelqu'un c'est recueillir des informations en ce qui le concerne, lui, et pas nous. Or ce que nous voulons apprendre, c'est ce que nous sommes nous-mêmes.
         Ayant bien compris que nous ne pouvons compter sur aucune autorité pour provoquer une révolution totale dans la structure de notre psychée, nous éprouvons une difficulté infiniment plus grande à rejeter notre propre autorité intérieure : celle qui résulte de nos petites expériences particulières, ainsi que de l'accumulation de nos opinions, de nos connaissances, de nos idées et idéaux. Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu'elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacre dix siècles d'existence. Pour nous comprendre, nous n'avons besoin ni d'une autorité millénaire ni de celle d'hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement selon le flot de l'existence, jamais au repos. Si l'on s'examine du point de vue qu'impose l'autorité d'un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité de ce mouvement.
         Etre libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d'autrui, c'est mourir à tout ce qui est de la veille, de sorte qu'on a l'esprit toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion. Ce n'est qu'en cet état que l'on apprend et que l'on observe. Et, à cet effet, il faut être conscient avec acuité de ce qui a lieu en nous-mêmes, sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu'il devrait être ou ne pas être, car dès que nous intervenons, nous établissons une autre autorité : un censeur.
         Nous allons donc, maintenant, nous explorer nous-mêmes, tous ensemble? Ne considérez pas qu'ici s'exprime une personne qui explique tandis que vous lisez, étant d'accord ou non au fur et à mesure que vous suivez les mots sur la page. Ce que nous allons entreprendre c'est une expédition ensemble, un voyage de découverte dans les recoins les plus secrets de notre conscience. Et pour une telle aventure, on doit partir léger, on ne peut pas s'encombrer d'opinions, de préjugés, de conclusions : de tout ce vieux mobilier que nous avons collectionné pendant deux mille ans et plus. Oubliez tout ce que vous savez à votre propre sujet ; oubliez tout ce que vous avez pensé de vous-mêmes ; nous allons partir comme si nous ne savions rien.
        Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s'éclaircir : nous voici au seuil d'une journée toute neuve. Abordons-la comme si elle était la seule journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre pour la première fois.
 
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Publié dans Prof

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A
L'échange pourrait se résumer ainsi: ne demande pas la réponse, cherche la!Ou, tu as fait ce qu'il fallait faire et tu n'as pas trouvé? Alors recommence! Ou...<br /> >Bisous
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C
Dis, AïmalUn, je n'ai pas saisi la subtilité de l'échange en Ho et Baso...? <br /> Quant aux Maîtres, alors ceux que j'ai choisi le sont vraiment puisqu'ils nous indiquent un chemin mais nous laissent progresser à notre rythme. Merci à toi Fratellu, que ta journée soit aussi belle que tes pensées !
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A
L'homme qui cherche ne saurait avoir de maîtres, il deviendra son propre maître ou ne sera pas sur le plan ontologique et restera dans l'existant.<br /> des Hommes "réalisés", Krishnamurti en est sûrement un , peuvent servir de guides, d'indicateurs de la voie à prendre.Dans la philosophie orientale le "maître" n'est pas celui qui apporte une vérité révélée, mais celui qui permet à son disciple de progresser par lui même sur sa propre voie<br /> -Ho (l'élève): Qu'est-ce qui transcende tout dans l'univers?<br /> -Baso (le maître): Je te le dirai lorsque tu auras bu d'un seul trait toutes les eaux du fleuve de l'ouest!<br /> Ho: j'ai bu d'un seul trait toutes les eaux du fleuve de l'ouest!<br /> Baso: Alors, je t'ai déja répondu.<br /> Bassui Tokusho, maître du Zen rinzaï, japon 14° siécle.<br /> Bisous Fratellu.
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