Sincérité...

Publié le par chris StJames

        Ma sœur a-t-elle été mon premier amour ? Une bonne question qui m'a été posée récemment. Je l'ai effectivement connue dès sa naissance. J'ai été obligé de partager encore une fois et contre mon avis papa et maman, déjà que c'était pas terrible, avec l'autre qui passait ses journées à me gueuler dessus. Je l'ai donc vue grandir, j'ai joué à la poupée avec elle, et même au docteur, si, … Elle m'a tout appris de la fille, comment ça fonctionnait, pourquoi ça pleurait si souvent, sans que personne ne lui dise de se taire, alors que nous fallait pas, on était des grands, dès l'âge de trois ans. Elle fut ainsi la sœur d'un duo de frères jumeaux mal assortis. Un lourd fardeau pour de jeunes parents… Passons.
        Fut-elle mon premier amour ? De trois ans à 17 ans, j'ai vécu avec elle, et ses poupées, et ses dinettes, et ses belles lettres à son frère préféré… Oui. Je les ai encore. Elles ne m'ont jamais quitté. Mais je ne sais plus où elles sont. Elle était là, on était tous ensemble, faisant tous partie des meubles d'une famille comme toutes les autres, avec ses hauts et ses bas, fonction de l'humeur les uns des autres. Quelques déchirures qui entachaient un peu leurs regards, des blessures pas faciles à cicatriser, "l'amour fait mal", des idées aussi bizarres que ça, comme beaucoup dans le monde, une qui cherche juste à guérir. Et elle était là. A jamais. Au même titre que ma fille ou ma mère, à une place tout à fait spéciale dans mon cœur… qui ne fait pas d'elle mon "premier" amour mais ma messagère en la matière.
        Entre la mère et sa fille, j'ai pu faire le lien entre les générations. Et comprendre comment ça pense, savoir ce que ça veut, que mieux vaut préférer le charme à l'approche brutale. Elle m'a montré toutes les astuces, bien vite comprises, et les sortilèges, innés, qu'utilise l'enfant-femme pour parvenir à ses fins quand l'extérieur ne correspond pas à l'intérieur. Toute la douceur aussi, bien sûr, les bisous permis entre garçons et fille, les calins toujours inattendus. Et les questions étranges. Sur la sexualité… Ma sœur ?… " Dis, Christian, qu'est-ce que ça veut dire bander ?" J'ai tout de suite haï son petit copain. Car, forcément, ça ne pouvait venir que de lui. Je ne sais plus comment je m'en suis sorti. Ca serait marrant à retrouver d'ailleurs ! Qu'est-ce que j'ai bien pu lui dire ? De mémoire, je crois avoir été relativement sincère, autant que faire se peut dans une famille un peu coincée sur la question. J'ai donc été sincère, je crois… mais certainement pas clair du tout. Quand ça coince, ça coince. Et ma fille m'a refait le coup à ses propres quinze ans. Presque la dernière question qu'elle m'a posée. Mes souvenirs de l'époque sont si vagues, si douloureux. 28 ans après son départ. D'une douleur moins brutale mais toujours aussi présente. Des années que je tente de l'effacer. Et que je la rappelle. Que je n'arrive pas à retenir mes larmes quand je parle d'elle. Que je n'ose regarder ses photos, elle est déjà si lourde en moi. Des années de deuil, vingt-huit ans de calvaire, toute une famille foutue en l'air, le poids du silence, les reproches, les accusations, la noirceur du couvercle de son tombeau qui se refermait aussi sur moi… 
        Fut-elle mon premier amour ? Vu le côté tragique de notre histoire que ne renierait pas Shakespeare, et dont raffolaient les auteurs grecs, on peut le voir ainsi. Mais à ma façon à moi, je l'ai aimé, je l'aime et je l'aimerai bien longtemps encore… à sa façon.
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Publié dans Journal intime

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C
Tu as raison... Merci pour ton mail. Je vais te répondre... Bisous !!!
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S
Profonde blessure chris, c'est deja un pas de l'écrire gros gros bisou.
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