Pauvres fous !

Publié le par chris StJames ©

Belle humanité que la mienne où le quotidien est un film d'horreur. Bien sûr il n'y a aucun cadavre autour de moi ni derniers gémissements ni bourreaux ni vaincus, c'est tout propre chez moi, à l'occident. Mais la mondialisation veut que je sache désormais tout ce qui se passe d'un bout à l'autre de la planète et de préférence les pires exactions, car elles seules me tiennent en haleine à en croire les multiples enquêtes faites à mon sujet. A l'instar de celui qui freine pour mieux voir l'accident, et si possible un peu de sang, sans jamais oser me l'avouer, je regarde ma télé sans pouvoir m'en décrocher. Et ce que j'y vois c'est une humanité qui se déchire sur une planète qui se rebelle. Tel est le constat. Bien sûr, il y a des hommes et des femmes qui se penchent à son chevet, une minorité agissante qui a bien du travail, mais ce sont ceux qui souffrent ou torturent que l'on s'échine à me montrer sur l'écran.
La peur grandit en moi quand je regarde la télé.
Avant j'étais tranquille, aucun récepteur, pas le moindre émetteur, à part les tavernes où il faisait bon se réunir pour parler du village. Pas de journaux, pas de télévision, pas de radio. Bien sûr, les religions causaient déjà bonheurs et malheurs mais personne ne savait vraiment ce qui se passait à quelques lieues du hameau. Chacun pouvait contrôler son petit territoire. La peur ne s'étendait pas bien loin. Aux actualités, je vois des morts à la pelle, en veux-tu en voilà, ça meurt dans tous les sens, c'est un cauchemar. Jamais je n'aurai cru qu'on pouvait mourir comme ça, et qu'on était si nombreux, et qu'on était si mortels, et que ça faisait si mal de voir les gens partir. Des martyres, coupables et innocents, on nous montre désormais leurs cadavres encore fumants. Les caméras sont partout, jusque dans mon portable. Et moi je regarde ces charniers tout juste découverts sans pouvoir rien faire, me demandant à chaque seconde quel genre de mort m'est réservée à moi, à la télé rares sont ceux qui meurent dans leur lit. Dans un immeuble en feu, sous des tonnes de béton, assassinée dans la rue par un serial-killer, éparpillés sur des kilomètres carrés après un crash, de faim de soif d'amour, les mains dans le caniveau, et noyées sous une vague géante, écrasés, broyés, éparpillés dans l'explosion d'une bombe atomique, carbonisé, désintégré, anéantis… Souffrirai-je autant qu'eux ? Comment l'éviter ?
L'actualité sur Yahoo ? " L'Atlantique entre dans sa phase cyclonique la plus intense ; des produits chimiques décelés chez des nouveaux-nés et leurs mères ; les dossiers peu convaincants sur le décès de Yasser Arafat ; la France est confrontée à l'une des quatre ou cinq plus importantes sécheresses depuis 1945 ; la Toile est devenue une arme privilégiée pour Al-Qaïda " ? La mort, la mort, la mort, la mort, la mort à la Une.
Qu'y puis-je ? Je suis si petit ! Que faire contre les eaux qui se soulèvent, aux terres qui s'assèchent, à l'Afrique qui se meurt, à l'enfant paumé sur une plage de Rio le nez sur un tube de colle ? A part grimacer de douleur en espérant trouver l'oubli le plus vite possible dans l'une des drogues qui me permet de mieux supporter le quotidien, merci l'occident.
Et je prends et je gobe, à toute vitesse, par satellite : ici 200 000 morts, un record en si peu de temps, là on approche du 26 000 000 ème si je n'envoie pas des sous vite vite. La sinistrose me bouffe, ça pourrait m'arriver, je ne peux rien faire, et je suis responsable, aussi. Mes richesses me rendent coupable, mon silence me fait honte.
Un peu partout on empoisonne, l'agonie sera lente mais le toxique fait déjà son effet, nous ne pouvons plus nous arrêter... On m'apprend à longueur de temps que mon monde va au casse-pipe. Que mon temps est compté.
L'information est mon enfer. Dire que je n'ai plus aucun moyen de l'éviter.
Ce soir, la mondialisation me fait traverser une grave dépression qui me pousse au repli à l'intérieur de mes frontières, à l'intérieur de moi. Le poids de la connaissance est si lourd à porter… Le protectionnisme a encore de beaux jours devant lui.


Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Je n'ait jamais dit qu'il fallait aller dans telle ou telle direction. Faudra m'indiquer où j'ai dit une chose pareille ! Il y a des contraires à tout dans la vie et il serait temps que les gens s'en rendent compte. Le monde à été créer ainsi pour un certain équilibre... Un monde complètement dans la violence c'est aussi fou qu'un monde complètement pacifiste. Quand il n'y a pas de justes milieux, tout est dérégler. Le Grand Sauveur ne viendra pas enlever le Mal de Terre parce qu'il l'a Lui-même créer ainsi. Tout simplement. Nous faisons soit le mal ou le bien, tel qu'on le connait selon nos perceptions personnelles, parce qu'on est. On a la société dans laquelle on vit à cause de ces perceptions personnelles...
Répondre
C
Tel nous le faisons Noaruje, tel NOUS le faisons. Il est donc possible de faire autrement et d'aller vers le bonheur plutôt que vers le malheur. Gros bisous !
Répondre
N
Et pourtant tout ça, c'est normal.Il ya...bonheur - malheurlumière - ombrematière - antimatière rire - larmemoral - amorale...tel est fait le monde...
Répondre