Une histoire de bouquin (pour passionnés)
Le premier ça va. J'étais comme un fou, les cheveux en pétard, quand c'était pas sur les lèvres pour me donner du coeur à l'ouvrage, pour chasser ce putain d'ego qui veut toujours tout contrôler. Le premier bouquin, j'l'ai pas senti passer. Il m'a tout fait quitter bien sûr, mais il n'a pas été aussi douloureux que le second qui dort depuis deux ans, j'en fais des cauchemars. Tous les écrivains le disent : " Le premier bouquin ? Comme une lettre à la poste ! Je sentais que c'était là, je n'avais qu'à me mettre devant mon clavier pour que les mots fusent. J'étais dans un état second. " Au second déjà ils déchantent : " La pression, vous comprenez ? J'étais pas connu, je n'avais pas d'obligation de production, j'avais pas d'éditeur qui me tannait, de correcteur qui me gavait, de traducteur qui m'emmerdait. Maintenant, je ne fais plus ça, et je dis merci tous les jours, mais c'est comme un boulot, et faut que je sois meilleur à chaque fois. " Il l'a dit ! C'est vrai que ça ne doit pas être pareil, qu'il y a un avant et un après, pour les chanceux qui publient autour de moi. Publier son premier roman sur du papier, avoir été retenu par un éditeur, c'est une grande fierté, c'est recevoir son grade d'écrivain, et c'est aussi mettre les doigts dans un engrenage que l'on ne connaissait pas et qui demande beaucoup d'huile. C'est aussi se donner les moyens de passer à l'étage supérieur. Assez haut pour qui connait les affres de l'écriture, et toujours plus haut pour qui sait la hauteur du batiment. ... Faut que je m'y remette vraiment. Y a pas un ascenseur ?...
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