Zoom

Publié le par chris StJames

J'ai moi aussi vécu tout ça. Pas de la même façon bien sûr, à des détails près, ce fut plus long, plus sournois, et si rapide, mais je l'ai vécu. Le corps devient bizarre, le pied ne suit plus, toute marche devient intolérable et on se fait du souci. Surtout quand on doit descendre sur les fesses, privé de jambes et d'équilibre. On ne comprend pas et on tourne en rond dans sa tête des tonnes de pensées inquiètes et morbides qui ne font qu'envenimer les choses. Jusqu'à la décision, quand l'angoisse atteint son comble et que les généralistes sont impuissants, d'aller consulter un spécialiste. Là, ça devient du sérieux. Examens, étonnements songeurs du neurologue, première IRM négative, mais les troubles persistent et s'accroissent : perte d'équilibre, fatigabilité incompréhensible, canne. … Deuxième IRM et direction La Timone pour dix jours d'hospitalisation sous perfusion de cortisone, garnis d'une ponction lombaire dont je me souviendrai toute ma vie, bref, le début du parcours du combattant. Voilà brièvement comment cela s'est passé pour moi. Et les premiers signes sont apparus dans mon pied gauche. J'y vois comme un symbole.

Posté par cStJ à 14:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Appel à témoins

Mais revenons au début par le témoignage très précis de Sophie Fédy dans " Ma première année de sclérose en plaques " paru aux Editions Le Manuscrit.

" 9 juillet 2002

Au lever, ce matin, j’ai une sensation bizarre, indéfinissable ; j’ai le pied gauche comme engourdi, encore ensommeillé. Bah, j’ai dû prendre une mauvaise position en dormant, ça va passer dans quelques instants… Je continue à me préparer pour aller au travail, sans trop me préoccuper, mais, quand même, c’est curieux : d’habitude, quand on a un membre endolori suite à une mauvaise posture, dès qu’on remue, on ressent des fourmis et une sensation douloureuse, qui annonce de peu le retour à la normale. Mais là, rien de tout ceci ; la sensation d’engourdissement se prolonge sans autre modification.

Pressée par l’horloge, je sors ma voiture du garage et me mets en route. Arrivée au bureau, trop occupée par mon travail, je n’y pense plus. Au programme de la matinée, travail de synthèse avec ma collègue infirmière ; nous sommes toutes les deux installées dans mon bureau, devant l’ordinateur, concentrées sur notre tâche. Cependant, j’ai du mal à fixer mon attention. Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui me distrait ainsi ? Ah, oui, ma jambe ! J’ai comme des crampes, mais j’ai beau faire le tour du bureau à plusieurs reprises, c’est peine perdue. Cette fichue sensation d’engourdissement persiste, pire encore, elle gagne ma jambe gauche et remonte lentement mais sûrement du pied vers le genou. J’en fais part à ma collègue, qui me trouve bien dissipée ce matin.

En plaisantant (mais seulement à moitié, je le comprendrai plus tard), elle me lance : " Fais attention, c’est peut-être un problème de circulation. Ça m’est déjà arrivé lors d’un congrès, un jour où il faisait très chaud. J’ai dû dormir la jambe en l’air. Tu devrais consulter un médecin. " Nous en plaisantons, mais en moi-même, je suis inquiète. Je sens maintenant très distinctement et très précisément cette curieuse sensation remonter et progresser petit à petit vers le haut : mollet, genou, puis, quelques dizaines de minutes après, dans la cuisse, et bientôt jusqu’à la hanche. Au fur et à mesure, je peux localiser au centimètre près à quel niveau elle se situe. Jusqu’où cela va-t-il aller ? Cela en devient plus qu’inquiétant, presque angoissant.

De quart d’heure en quart d’heure, j’indique à ma collègue les progrès de ce phénomène décidément bizarre. Elle doit me trouver bien distraite ce matin ! Finalement, en fin de matinée, après différents paliers, la hanche est atteinte, puis le phénomène semble vouloir stationner là. N’est-ce qu’un répit, une halte, ou bien la vraie ligne d’arrivée définitive ? Je reste avec cette interrogation toute la journée, et comme je n’ai aucune sensation douloureuse, ni autre symptôme et que, vers la fin de l’après-midi, aucune nouvelle progression n’a eu lieu, je me sens un peu rassurée. Cependant, le soir, à la maison, j’en parle à Bernard, mon mari. " Il vaut mieux consulter le médecin quand même ". Je prends aussitôt un rendez-vous pour le lendemain.

La soirée et la nuit se déroulent sans autre alerte, si ce n’est cette bizarrerie qui persiste. "

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