Carnet de bord
Je viens de m'apercevoir que depuis cinq ans j'entreprends une vaste entreprise de déconditionnement.
En fait, tout a commencé quand j'ai eu l'idée saugrenue de vérifier les fondements de la religion dans laquelle j'ai été éduqué. J'ai vite mis le doigt sur tous ses crimes, ses paradoxes, ses abus, sa mégalomanie, ses mensonges, sa soif de puissance, son obscurantisme, ses veaux d'or, tout ce que je refusais de voir pour ne pas sombrer dans le nihilisme. Finalement, de secte le catholicisme a toutes les caractéristiques définies par la loi et il est bien étonnant qu'elle n'ait pas été déclarée coupable de crimes contre l'humanité. Il en va de même pour toutes les autres, évidemment, dès lors qu'elles cherchent à prendre le contrôle de nos pensées, en bref, nous convertissent. Je n'ai bien sûr pas fini ma tâche, car le chemin est long pour tout défaire en soi, et me combattre ne sert à rien. Mais tant qu'il restera en moi un personnage mythique, tant qu'un crédo appris survivra dans mes pensées, tant que j'écouterai la voix des morts et des saints, tant qu'un dieu me dictera sa loi, tant que je diviserai ma vie entre le bien et le mal comme on m'a appris à le voir, je resterai enchaîné à une réalité qui n'existe que dans la tête de ceux qui m'ont formé.
Petit à petit, je suis passé, sans même m'en apercevoir, au fil des mes questions sans réponses et de mes consternations, dans un camp que je ne soupçonnais pas. En remettant en cause mes croyances les plus intimes, toutes relatives et finalement partagées par vraiment peu de monde, en constatant leur puissance non bénéfique, j'ai commencé à remettre en cause toutes celles de la civilisation à laquelle j'appartiens. Et si tout ce qu'on m'a dit était faux ? Et si Socrate avait raison ?
Mais il me fallait continuer ma tache accablante. Ainsi, après dieu et toutes ces abjectes déformations censées le façonner à notre image, les croyances qui me restaient ne pouvaient que concerner l'être humain, forcément, sa grandeur, sa beauté, sa toute puissance, son caractère unique, sa sagesse… Il me fallait me voir de près, dans un face à face sans fard trouver qui tire mes ficelles. D'introspections douloureuses en lectures édifiantes, j'ai pris le temps d'observer ceux qui dictent nos lois : nos omnipotents gouvernants riches et puissants. Qui les désigne à mes votes ? Quels sont leurs véritables intérêts ? Pourquoi me font-ils si peur dans tous leurs discours ? Sont-ils vraiment à leur place ? Que me cachent-ils ? Sont-ils les seuls êtres humains capables de se dresser au-dessus de l'intérêt personnel, ardents et valeureux défenseurs de l'idéal républicain si prometteur de richesses auxquelles bien peu ont accès ? Les scandales à répétition, la corruption, la gabégie institutionnalisée, la désinformation, la propagande, la politique hégémonique d'un gouvernement mondial au-dessus de toutes les lois, les sectes perverties, les ravages de la Pensée Unique, la manipulation mentale, les armes de destruction massive, l'invasion de l'Irak, les chemtrails qui fleurissent dans nos cieux, Haarp et Echelon, les OGM, le fanatisme terroriste, la guerre, les têtes nucléaires portatives (mininukes), la fin du pétrole, la démographie galopante, notre sang contaminé, le réchauffement climatique, le trou d'ozone qui s'agrandit (en août 2005, selon les observations du satellite européen Envisat, soit la superficie de l'Europe), les dettes abyssales des pays développés qui les enchaînent aux banquiers (2000 milliards d'euros pour la France en 2005), la précarisation de l'emploi (cf. CPE), la délocalisation esclavagiste, le chômage endémique, la réduction préparée des aides sociales, la politique du marche ou crève qui brise dans l'œuf toute revendication, la puce électronique qu'on va bientôt nous implanter pour mieux nous contrôler, etc., m'ont maintes fois prouvé que je n'étais pas grand-chose pour ceux qui dirigent ma vie, valident mes choix, encadrent mon quotidien, mettant en œuvre leur prodigieuse intelligence pour s'enrichir encore et encore. Pour eux, je ne suis qu'un casse-pied que quelques hochets sont destinés à occuper à autre chose qu'à ouvrir les yeux, de la chair à canons. Belle humanité que la mienne : partagée en deux camps qui s'opposent sans cesse et ne peuvent vivre l'un sans l'autre… Les questions se sont enchaînées : quel est ce monde à deux vitesses, deux justices, deux médecines, d'en-haut et d'en-bas, que l'on m'impose ?, quelle est cette doctrine libérale qui me précipite dans le chaos, tel le mouton d'un troupeau, inconscient du joug que j'ai accepté ?, ai-je vraiment envie de l'aider à prospérer ?, en participant par mon silence à la destruction de la terre qui me porte et me nourrit, de le défendre ?, d'en faire un modèle ?, un exemple ?… de l'ordre de 10 millions de kilomètres carrés
Hormis la douleur et la complexité d'une telle prise de conscience, aujourd'hui, le plus difficile de ma tache est de ne pas remplacer un ancien système de valeurs par un nouveau plus rutilant, un miroir pour de nouvelles alouettes s'élevant des couches profondes de mon inconscient : de ne pas tomber dans les élucubrations ésotériques de gurus en manque de disciples, antéchrists de nos temps modernes en perte de sens.