Ecrire...

Publié le par chris StJames






J'ai ma clope, mon briquet jaune, le cendrier, mon verre de vin coupé d'eau, je suis donc prêt à écrire. Et je commence à paniquer. C'est une impression très étrange... J'écris des mots qui vont s'en aller très loin, en Chine, en Nouvelle Calédonie, en Turquie et au Royaume Uni, et je ne sais même pas de quoi je vais parler. J'écris pour écrire, juste pour le principe, comme à l'entraînement si cher à Cocteau : "six pages par jour". Mais il a raison le grand homme. Ecrire c'est comme préparer un championnat. Sans mots sur un carnet ou sous un clavier, on la perd vite. Il y a une obligation de travail forcené dans le fait d'écrire. Un jour sans mots est un jour perdu, et il n'y a pas de vacances quand on veut être et quand on est écrivain. Il avait vraiment raison Cocteau. Après en avoir lu un grand nombre, je partage tout à fait leur avis sur la tension de l'écriture, la totale attention qu'elle réclame et le travail qu'elle demande. Un véritable marathon...
C'est marrant comme quand j'écris pour m'entraîner, j'écris à chaque fois sur l'écriture, et principalement sa douleur. On est si nombreux à ressentir ça... Beaucoup évoquent l'obligation d'écrire en permanence, ce qui n'est pas à une vie "normale" au sens des valeurs de notre société, travail, famille, patrie. L'écriture est une bénédiction et une malédiction. Elle me procure des moments d'intenses plaisirs, plus forts qu'un orgasme traditionnel, la sensation d'être entier, de savoir pourquoi je suis là, et des moments de profond désarroi quand je constate à quel point elle a foutu en l'air mon ancienne vie, amours compris. Car, oui, j'éprouve des regrets à ne plus être celui que j'étais. Et j'éprouve une joie intense à être qui je suis aujourd'hui. Paradoxal... Division... Mais il me semble, quelque part, sans vraiment oser me l'avouer, que tous les sacrifices que j'ai fait, sans le vouloir, et que je fais encore, sont le prix à payer lorsqu'on dédie sa vie à un art majeur. Sans lui je meurs, tout simplement. Sans les mots, je n'ai plus aucune raison de vivre. Ca, je le sais. Alors l'avant, autant l'oublier... Bien sûr. Mais ce n'est pas évident. On cherche tous à oublier des trucs. Des pas beaux qui font mal, qu'on a fait ou qu'on nous a fait, et ça débouche toujours sur papa et maman... Mais on y arrive pas toujours. Moi, y a plein de trucs que je voudrais bien évacuer mais impossible, quoique je fasse ils restent là, et la plupart je ne sais même pas qu'ils y sont, j'ai refoulé si loin que c'en est devenu inaccessible à ma conscience. J'en suis là. J'oscille entre qui j'étais et qui je suis aujourd'hui, entre celui qui avait tout et celui qui n'a plus rien, entre celui qui ne voyait rien et celui qui ouvre de grands yeux, entre celui qui courrait partout dans le monde et celui qui peut à peine marcher... L'écriture est bénie car elle me donne le sentiment de savoir pourquoi j'existe, c'est une fabuleuse émotion, et maudite car elle m'a tout pris dans la matière, y compris mon corps. Bref, tout ça pour écrire à quel point écrire est un sacerdoce.
Je suis entré dans l'écriture comme on entre dans les ordres, aussi seul et démuni qu'un moine cistercien. Je vis de petits boulot, comme l'a fait Werber qui, en dépit de son haut niveau de connaissance, travaillait le soir dans un restaurant pour écrire son premier bouquin. A lire ça parait pas grand chose, quand on le vit c'est une autre paire de manches. Ecrire est un sacrifice quotidien aux plaisirs du monde, le pivot de toutes les décisions, même les vitales. Tout tourne autour de ça quand on en est raide-dingue à ce point.


 


    
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Publié dans Ecrits sur l'écriture

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S
Allez courage. Ca va aller !<br />  
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