Déconditionnement

Publié le par Christian Pélier

Avec ce texte en blanc sur noir, je viens de m'apercevoir que depuis cinq ans j'entreprends une vaste entreprise de déconditionnement. Personnel, bien sûr.

En fait, tout a commencé quand j'ai eu l'idée saugrenue de vérifier les fondements de la religion dans laquelle j'ai été éduquée. J'ai vite mis le doigt sur tous ses crimes, ses paradoxes, ses abus, sa mégalomanie, ses mensonges, sa soif de puissance, son obscurantisme, ses veaux d'or, tout ce que je refusais de voir pour ne pas sombrer dans le nihilisme. Finalement, pour revenir sur terre, de secte le christianisme a toutes les caractéristiques définies par la loi et il est bien étonnant qu'elle ne soit pas encore déclarée coupable de crime contre l'humanité. Il en va de même pour toutes les autres, évidemment, dès lors qu'elles cherchent à prendre le contrôle de nos pensées, en bref, nous convertissent. Je n'ai bien sûr pas fini ma tâche, car le chemin est long pour tout défaire en soi, et me combattre ne sert à rien. Tant qu'il restera en moi un personnage mythique, tant qu'un crédo survivra dans mes pensées, tant que j'écouterai la voix des morts ou des saints, tant qu'un dieu me dictera sa loi, tant que je croirai que tout est une question d'opposés, tant que je diviserai ma vie entre le bien et le mal, je resterai enchaîné à une réalité qui n'existe pas.
Petit à petit, je suis quand même passé, sans même m'en apercevoir, au fil des mes questions sans réponses et de mes consternations, dans un camp que je ne soupçonnais pas, un troisième. En remettant en cause mes croyances les plus intimes, finalement partagées par vraiment peu de monde, en constatant leur puissance, et leur relativité, j'ai commencé à remettre en cause toutes celles de l'humanité à laquelle j'appartiens. Et si tout ce qu'on m'a dit était faux ? Et si Socrate avait raison ?

Il me fallait donc continuer ma tache. Ainsi, après dieu et toutes ces abjectes déformations censées le façonner à notre image, les croyances qui me restaient ne pouvaient que concerner l'être humain, forcément, sa grandeur, sa beauté, sa toute puissance, son caractère unique, sa sagesse… Il me fallait me voir de près, dans un face à face sans fard, pour trouver qui tire les ficelles de ma marionnette. Passant de l'intérieur à l'extérieur, d'introspections douloureuses en lectures édifiantes, j'ai observé ceux qui dictent nos lois, nos modèles : nos gouvernants, riches et puissants. Qui les désigne à mes votes ? Quels sont leurs véritables intérêts ? Pourquoi me font-ils si peur dans tous leurs discours ? Sont-ils vraiment à leur place ? Que me cachent-ils ? Sont-ils les seuls êtres humains capables de se dresser au-dessus de l'intérêt personnel, ardents et valeureux défenseurs de l'idéal républicain auxquels bien peu d'entre nous semblent avoir accès ?

Les scandales à répétition, la corruption, la gabégie institutionnalisée, la dés ou sur-information, la propagande, la politique hégémonique d'un gouvernement mondial au-dessus de toutes les lois, les sectes perverties, les ravages de la Pensée Unique, la manipulation mentale, les armes de destruction massive, l'invasion de l'Irak, les chemtrails qui fleurissent dans nos cieux, Haarp et Echelon, la puce électronique qu'on va bientôt nous implanter, m'ont maintes fois prouvé que je n'étais pas grand-chose pour ceux qui dirigent ma vie, valident mes choix, encadrent mon quotidien. A peine quelques dollars, tout juste un baril de pétrole, en tout cas un vrai casse-pied que quelques hochets sont censés occuper à autre chose qu'à se libérer. De la chair à canons. Belle humanité que la mienne : partagée en deux camps qui s'opposent sans cesse et ne peuvent vivre l'un sans l'autre… Les questions se sont enchaînées : quel est ce monde à deux vitesses, deux justices, deux médecines, d'en-haut et d'en-bas, que l'on m'impose ?, quelle est cette doctrine libérale qui me précipite dans le chaos, tel le mouton d'un troupeau, inconscient du joug que j'ai accepté ?, ai-je vraiment envie de l'aider à prospérer ?, en participant par mon silence à la destruction de la terre qui me porte et me nourrit ?, de le défendre ?, d'en faire un modèle ?, un exemple ?…
 

Hormis la douleur et la complexité d'une telle prise de conscience, aujourd'hui, le plus difficile de ma tache que je peux qualifier de surhumaine sans exagérer le moins du monde est de ne pas remplacer un ancien système de valeurs par un nouveau plus rutilant, un miroir pour de nouvelles alouettes s'élévant des couches profondes de mon inconscient collectif : de ne pas tomber dans les élucubrations ésotériques ou anarchiques de gurus en manque de disciples, antéchrists de nos temps modernes en perte de sens.
 
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