Mon beau miroir

Hier me regardant dans le miroir, ressentant jusque dans mes os la douleur lancinante de la dernière injection, j'ai compris que je ne m'aimais pas.
Je n'aime pas ce corps en souffrance qui ne veut plus s'alimenter, et dont les fonctions petit à petit s'amenuisent comme l'eau de la clepsydre. Je n'ai pas envie d'être dedans, il me fait trop mal, il ne tient plus debout. Je me regardais sans vouloir être à ma place, gémissant ce double miséreux, je ne suis pas ça, je vaux tellement mieux, à l'intérieur.
Je me suis rapproché de mon visage dans le miroir. Tout près. Si près que ce n'était plus mon reflet mais quelqu'un dans la glace, un autre en attente, avec un gros besoin d'amour que j'ai vu aussitôt. J'ai caressé sa joue, comme ça, pour voir, posé un doigt sur ses lèvres, trouvant très étrange la sensation que je ressentais sur ma vraie peau, et au creux de mon ventre. J'ai alors soudainement compris que je ne pouvais plus reculer : me fuir est impossible. Je suis ce que je suis et je me prends ainsi, lui, mon reflet qui a tant besoin de moi.
J'ai fini le dialogue en me promettant de me donner du bon temps.
Peu de temps après je commençais à réapprendre la spontanéité.
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