Inéluctable

J'suis un vrai con.
Si.
Hier, j'ouvre Couleur 3, histoire d'écouter de la bonne zique, et vient l'heure des informations auxquelles je pensais échapper. Moi qui n'ait plus de télé pour les éviter, qui n'achète jamais le journal, qui détourne les yeux des affiches des kiosques et qui refuse toute conversation sur "l'actualité" que l'on nous impose, me voilà en train d'apprendre qu'une mère vient d'être arrêtée pour avoir laissé mourir ses trois enfants en bas-âge, dont les corps se décomposaient quand les pompiers les ont découverts... Une minute d'inattention et je retombais dans le piège infernal de "l'information", de quoi maudire l'humanité pendant des générations, de quoi refuser la mienne.
Ce matin, j'ouvre ma boite mail et je lis un message terrifiant de Terre Sacrée m'informant que les abeilles disparaissent, sonnant ainsi définitivement le glas de notre civilisation. Car sans abeilles, plus de pollinisation, plus de fleurs, ni de fruits, plus de légumes... Tout juste quatre ans de survie pour l'humanité... Je me suis donc désabonné de la liste.
Désormais je ne recevrai plus aucun message sur l'état de la planète ni la fureur de ceux qui la peuplent. Et quand la mort me touchera, elle ne concernera que mes proches, et moi, des êtres que je connais, que je peux toucher, dont je pleurerai les rires et regretterai les larmes.
Tel un ermite, mais au coeur de la ville, je vais ainsi continuer le jeu de la vie sans illusion aucune sur notre avenir. Des larmes plein les yeux, je vais continuer à admirer le génie de l'homme, évitant ainsi de regarder de trop près son ombre maléfique qui aura détruit toute une planète.
Car je veux quitter ce monde heureux, la tête pleine d'affectueuses pensées pour tous ceux qui auront su l'embellir.
La mort des abeilles met la planète en danger
[ 20/08/07 ]
Les abeilles s'éteignent par milliards depuis quelques mois. Leur disparition pourrait sonner le glas de l'espèce humaine.
C'est une incroyable épidémie, d'une violence et d'une ampleur faramineuse, qui est en train de se propager de ruche en ruche sur la planète. Partie d'un élevage de Floride l'automne dernier, elle a d'abord gagné la plupart des Etats américains, puis le Canada et l'Europe jusqu'à contaminer Taiwan en avril dernier. Partout, le même scénario se répète : par milliards, les abeilles quittent les ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible, pas plus que de squatter pourtant prompt à occuper les habitats abandonnés.
En quelques mois, entre 60 % et 90 % des abeilles se sont ainsi volatilisées aux Etats-Unis où les dernières estimations chiffrent à 1,5 million (sur 2,4 millions de ruches au total) le nombre de colonies qui ont disparu dans 27 Etats. Au Québec, 40 % des ruches sont portées manquantes.
En Allemagne, selon l'association nationale des apiculteurs, le quart des colonies a été décimé avec des pertes jusqu'à 80 % dans certains élevages. Même chose en Suisse, en Italie, au Portugal, en Grèce, en Autriche, en Pologne, en Angleterre où le syndrome a été baptisé "phénomène", du nom du navire dont l'équipage s'est volatilisé en 1872. En France, où les apiculteurs ont connu de lourdes pertes depuis 1995 (entre 300.000 et 400.000 abeilles chaque année) jusqu'à l'interdiction du pesticide incriminé, le Gaucho, sur les champs de maïs et de tournesol, l'épidémie a également repris de plus belle, avec des pertes allant de 15 % à 95 % selon les cheptels.
"Syndrome d'effondrement"
Légitimement inquiets, les scientifiques ont trouvé un nom à la mesure de ces désertions massives : le "syndrome d'effondrement" - ou "colony collapse disorder". Ils ont de quoi être préoccupés : 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, ni pollinisation, et pratiquement ni fruits, ni légumes. "Trois quart des cultures qui nourrissent l'humanité en dépendent", résume Bernard Vaissière, spécialiste des pollinisateurs à l'Inra (Institut national de recherche agronomique).
Arrivée sur Terre 60 millions d'année avant l'homme, Apis mellifera (l'abeille à miel) est aussi indispensable à son économie qu'à sa survie. Aux Etats-Unis, où 90 plantes alimentaires sont pollinisées par les butineuses, les récoltes qui en dépendent sont évaluées à 14 milliards de dollars.
Faut-il incriminer les pesticides ? Un nouveau microbe ? La multiplication des émissions électromagnétiques perturbant les nanoparticules de magnétite présentes dans l'abdomen des abeilles ? "Plutôt une combinaison de tous ces agents", assure le professeur Joe Cummins de l'université d'Ontario. Dans un communiqué publié cet été par l'institut Isis (Institute of Science in Society), une ONG basée à Londres, connue pour ses positions critiques sur la course au progrès scientifique, il affirme que "des indices suggèrent que des champignons parasites utilisés pour la lutte biologique, et certains pesticides du groupe des néonicotinoïdes, interagissent entre eux et en synergie pour provoquer la destruction des abeilles". Pour éviter les épandages incontrôlables, les nouvelles générations d'insecticides enrobent les semences pour pénétrer de façon systémique dans toute la plante, jusqu'au pollen que les abeilles rapportent à la ruche, qu'elles empoisonnent. Même à faible concentration, affirme le professeur, l'emploi de ce type de pesticides détruit les défenses immunitaires des abeilles. Par effet de cascade, intoxiquées par le principal principe actif utilisé - l'imidaclopride (dédouané par l'Europe, mais largement contesté outre-Atlantique et en France, il est distribué par Bayer sous différentes marques : Gaucho, Merit, Admire, Confidore, Hachikusan, Premise, Advantage...) -, les butineuses deviendraient vulnérables à l'activité insecticide d'agents pathogènes fongiques pulvérisés en complément sur les cultures.
Il y a cinquante ans, Einstein avait déjà insisté sur la relation de dépendance qui lie les butineuses à l'homme :
"Si l'abeille disparaissait du globe, avait-il prédit, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre."
PAUL MOLGA
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