Ecrivant

Publié le par Christian Pélier

      Casque sur les oreilles. J'entends la musique : "Analgésique", tu m'étonnes, et le cliquetis de mon clavier. C'est tout. Je ne cherche pas à faire de phrases. Je ne me demande pas si je vais le mettre dans mon blog ou pas. Je ne sens aucun autre regard que le mien sur les touches. D'ailleurs, je vois les mots se composer sous mes doigts, sur le clavier. Marrant ! Ils s'écrivent à mesure que mes doigts les tapent et je ne sais qui de l'un ou de l'autre guide les flots. Je tape sur le clavier. … Je pianote me serait plus agréable. Parce que si l'on efface quelques détails, et qu'on coupe le son, c'est exactement la même chose. C'est mon instrument à moi. Je ne cherche pas la virtuosité du toucher professionnel ni la lenteur des écrivains d'outre-temps, je pianote sur mon clavier juste pour l''émotion. Et le tic-toc des touches me parle autant que la voix qui dicte dans ma tête. Plus il est rapide, plus je suis en prise, plus il est lent, plus je suis absent.
        De toutes mes symphonies, celle que je préfère est une tape régulière à rapide. J'écris adagio voire forte, rarement pianissimo, ou je ne l'entends pas ainsi dans ma tête à moi. Mon écriture, mon style vu de l'intérieur, est fait de pas mal de coupures, comme si je créais sans cesse des passerelles dans toutes mes pensées, surfant de l'une à l'autre comme je le fais à l'instant présent. Il y a, bien sûr, des silences et des moderatos, entre deux paragraphes, ou deux phrases, ou deux mots, partout, le temps que je les laisse m'inonder avant de pianoter avec fébrilité. Il est en effet hors de question que j'en perde un seul. Ils sont trop précieux. Déjà que j'égare ceux que j'écris toutes les nuits… Depuis cinq ans déjà. Des milliers de pages que je me force à retenir et qui rendent mon sommeil trop léger. Qui me réveillent et que je tente de noter fiévreusement… qui se perdent à mesure que j'émerge…
         
        Où en suis-je ?… Quel est mon propos ?… Je viens d'avoir une long silence correcteur, le temps de mesurer le travail accompli, le sens du tout, l'idée de base qui a toujours tendance à s'éloigner, la musicalité, le tempo, les clins d'œil, les métaphores… Oui, je parlais de mon style : j'écris avec une tenace vivacité. Jamais content et rarement fier. J'écris comme un forçat parfois, comme si ma vie en dépendait. J'écris sur mon radeau et jette mes mots à la mer, espérant que les flots en seront fiers. J'écris jusqu'à plus soif, jamais à court de mots. Souvent pour traquer l'inspiration, ou m'entraîner… A quoi ? Aucune idée. Mais il m'arrive souvent de penser que si j'arrête d'écrire je ne saurais plus le faire. Comme le peintre qui ne peut laisser sa main rouiller, j'écris pour travailler mon art, traquer la magie des mots… J'écris aussi pour être lu... Oui, écrire est un art et je suis son élève et le serai toujours.
        Je mélange formes et fonds, couleurs et émotions, tentant à chaque instant de mettre des mots sur des pensées qui me viennent de loin… D'où ? Et de qui ? De moi, des cieux ?… Quel est cette partie de moi qui a tant de choses à écrire ? Et puis, suis-je né comme ça ? Pour ça ? Ou suis-je simplement un obsessionnel compulsif de l'écriture ?… Quelle est la profondeur de ma vocation ? Suis-je né Artiste ?… Est-ce le fruit d'un ego torturé ou ma véritable identité ? Pourquoi est-ce si difficile ? Tant de questions…
        J'aimerais tant… être rassuré, convaincu que j'ai fait le bon choix, dans une société où il est de bon ton de travailler normalement, de suivre le mouvement comme un mouton : métro, boulot, télé, dodo… Ma vie est si différente. De la mienne d'avant, de celles qui m'entourent, que je me pose de sérieuses questions sur le choix que j'ai fait, malgré une partie de moi : écrivain. Au prix de mille souffrances… L'ego résiste… Il compare… Il a besoin de sécurité, je ne la lui donne pas, il veut du connu, l'écrivain n'en veut plus. Il aspire à sa propre permanence et fait tout ce qu'il peut pour remettre l'écrivain dans des rails bien tracés, pas ses géniteurs, sa patrie, le monde dans lequel il vit qui ne souffre pas la différence. Et pourtant, rien d'autre ne me parle. D'ailleurs, je ne trouve pas de boulot, et il n'y a pas de hasard. Seule l'écriture m'anime. J'en suis possédé comme le moine par Dieu.
        Il m'arrive d'ailleurs souvent de rêver d'une cabane de pierre et de paille, mon monastère, posée dans une jolie clairière ensoleillée, entourée d'arbres et bordée d'un doux ruisseau qui lave toute mon atmosphère et m'invite à célébre la Vie. Je m'y vois écrivant à longueur de journée. Pour aller chercher l'inspiration, je fais de longues ballades. J'ouvre tous mes sens, je participe à la Création. Comme un ermite, je m'imagine vivre dans la Nature et m'adonner à mon Art sans aucune mesure. Dans cette maison qui sent bon le feu de bois et la lavande fraîche, animée du seul ronronnement d'un bon gros vieux chat de gouttière, mon Socrate, je ressens le plaisir de jeter mes pensées comme elles viennent. De tapisser les murs de mes mots en friche. Car je sais le pouvoir de la maturation. Loin du temps mais présent en ce monde, je me vois écrivant des histoires d'amour. Car il n'y a que ça qui m'intéresse… Un fait étrange est que je n'arrive pas à faire mal à mes personnages, enfin pas trop et de toute façon pas plus que je n'ai enduré. Dans mon imaginaire, il n'y a aucune arme à feu, pas un seul canon, très peu de violence et rarement de mauvais mots. Et quoi qu'il se passe, un personnage est là pour que tout aille toujours mieux. Oui, je suis un écrivain férocement optimiste qui veut adoucir la vie…  Volonté, quand tu nous tiens !
           
        Astrologiquement, je suis un spécialiste de la Dualité (lion ascendant cancer, feu et eau, soleil et lune, si ça t'intéresse). Ce texte le prouve une nouvelle fois. Deux réalités m'écartèlent et je n'ai pas encore choisi. Le fait est qu'il n'y a aucun choix à faire. Car il y a toujours une troisième voie : faire et laisser faire, avec les deux, puisque je sais ce que j'aime. Et que je le fais. Reste à le faire avec moins d'urgences et d'attentes… Dans le bonheur du Faire tout entier.
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Publié dans Ecrits sur l'écriture

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C
Merci Marithé ! Merci MM... Comme une étoile à huit branches. Celle de mon "Pont". Merci !!!!!!!!
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M
coucou Chris,Tu as raison, on a besoin de douceur ...Un gros bisous tout   doux pour toi   et bonne journée
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M
Ah! une petite différence dans l'ascendant...;-)<br /> Et tous les jours à venir<br /> Bises<br /> MM
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C
Merci Nath ! J'y vais !!!!<br />  
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N
Hello Chris ! A priori on t'attend; si tu veux revenir, il faut tous nous relinker. Pour les codes vois avec Nico ou autre, via Champ g, notre blog commun. Bonne et belle écriture ! Bonne concentration ! Pour t'encourager, ce petit florilège: dixit Lautréamont: "L'homme ne doit pas créer le malheur dans ses livres", et Bachelard: "Il faut aller vers ce vers quoi on tend" !!!
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