C'est Mozart qu'on assassine...
" Le stress psychologique a aussi des conséquences sur le sytème immunitaire "… Ca tombe bien ! Mais ai-je des raisons de stresser ? Plein. Partout !...
Carnet de bord :
Pendant que j'écris ces mots d'autres reçoivent des balles, pendant que je rêve d'étoiles, d'autres éteignent la leur. J'ai si mal de toutes ces images qui défilent sur mon écran, ces Unes cimetières dans lesquelles apparaissent des millions de fantomes, à croire que sur Terre on ne parle que de mort. Et chaque fois j'ai mal. Pour eux. Des millions de fois j'ai mal de la mort de mes frères. J'ai pas l'air comme ça, je cache bien mon jeu, mais j'ai si mal en moi de tout ce qui nous attriste, nous irrite, assassine notre Mozart. Tiens ? Voilà qu'il pleut sur ma page…
Aux actualités, je vois des morts à la pelle, en veux-tu en voilà, ça meurt dans tous les sens et jamais je n'aurai cru qu'on pouvait mourir comme ça. Ils n'hésitent même plus à nous montrer les cadavres, comme ils disent… Et je regarde ces charniers à ciel-ouvert, sans pouvoir rien faire, me demandant à chaque seconde quel genre de mort m'est réservée ?… Souffrirai-je comme eux ? Serai-je perdu, incapable de comprendre qu'ici le chemin s'arrête, refusant de mourir, penserai-je aux miens ? Croirai-je au jour de ma mort qu'il n'était pas l'heure ?… A la télé, rares sont les personnes qui meurent dans leur lit…
Et je prends et je gobe. Ici 200 000 morts, là on approche du 26 000 000 ème, si je n'envoie pas des sous vite vite, la sinistrose me bouffe, tout est à cause de moi, mes richesses me rendent coupable. Ailleurs on meurt emprisonné dans la lave, ils étaient trop près, ils n'y croyaient pas, ou dans une maison en feu, le gaz oublié. Un peu partout on empoisonne, sans jamais parvenir à cesser de polluer, l'agonie sera lente mais le toxique fait son effet. On m'apprend que mon monde va au casse-pipe… Comment vivre dans un tel contexte ? Qui le pourrait ? Si on regarde bien, nous vivons dans un monde d'épouvante : celui de " l'information "…
L'actualité sur Yahoo ? " L'Atlantique entre dans sa phase cyclonique la plus intense ; des produits chimiques décelés chez des nouveaux-nés et leurs mères ; les dossiers peu convaincants sur le décès de Yasser Arafat ; la France est confrontée à l'une des quatre ou cinq plus importantes sécheresses depuis 1945 ; la Toile est devenue une arme privilégiée pour Al-Qaïda "… ? Qu'y puis-je ? A part grimacer en espérant quitter cette terre le plus vite possible… Tout sera mieux que cet enfer pourvu que j'y trouve l'oubli.
Comme ils étaient bien dans leurs villages… A l'abri du déclinisme, jeu national qui consiste à constater la fin de notre société, à l'accuser de tous les méfaits, sans prendre jamais la moindre part de responsabilité dans la situation catastrophique du pays, et du reste du monde.
Par Henri Laborit, La colombe assassinée : " A l’opposé, l’abondance des informations, si l’on voit qu’il est impossible de les classer suivant un système de jugements de valeur, met également l’individu dans une situation d’inhibition. Il faut reconnaître que notre civilisation contemporaine au sein de laquelle les informations se multiplient grâce aux moyens modernes de communication, les mass media en particulier, et par la vitesse de ces communications à travers le monde, place l’individu dans une situation où le plus souvent il ne peut agir sur son environnement pour le contrôler. Les paysans vendéens de mon enfance qui n’allaient à la ville, pour certains, que trois fois au cours d’une vie, ville pourtant qui n’était située qu’à trente-cinq kilomètres, avaient des sources d’information qui ne leur venaient pratiquement que de leur environnement immédiat. Pas de journaux, pas de télévision, pas de radio. Bien sûr, il existait des événements que l’on pouvait craindre, les mauvaises récoltes, les épidémies. Il n’en demeure pas moins que chaque individu avait l’impression de pouvoir contrôler par son action sa niche environnementale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et quand on diffuse à la télévision les atrocités qui apparaissent à travers le monde, quand on voit un enfant du Biafra en train de mourir de faim, squelettique et couvert de mouches, malgré l’intérêt très limité que peut représenter cet enfant pour un homme bien nourri du monde occidental, cet homme ne peut s’empêcher de se représenter inconsciemment que ce qui est possible pour certains hommes défavorisés pourrait peut-être le devenir aussi un jour pour lui, et il ne peut rien faire. C’est en cela que les préjugés, les lieux communs, les jugements de valeur, le militantisme, les idéologies et les religions ont une valeur thérapeutique certaine car ils fournissent à l’homme désemparé un règlement de manœuvre qui lui évite de réfléchir, classe les informations qui l’atteignent dans un cadre préconçu et mieux encore, lorsque l’information n’entre pas dans ce cadre, elles ne sont pas signifiantes pour lui, en quelque sorte, il ne les entend pas. Il est prêt, en d’autres termes, à sacrifier sa vie pour supprimer son angoisse ou si l’on veut il préfère éprouver la peur, débouchant sur l’action, que l’angoisse. Il est même à noter que la peur ne l’envahit que les courts instants qui précèdent l’action. Dès qu’il agit, il n’a plus peur, et il le sait bien. "