Un soir de pluie (nouvelle) - 2

Publié le par Mic Ardant





J'attends jusqu'à 21h00 et basta… Facile à dire. J’aime pas trop piétiner… et puis aussi pas trop attendre !
Habituellement je suis à l’heure et tout le monde sait que pour être à l’heure il est nécessaire d’être en avance, ce qui fait d’autant plus attendre.
Je décide d’arpenter un peu le boulevard, du carrefour de l’Odéon jusqu’au croisement avec le boulevard Raspail.
J’aime bien ce coin là de la « Rive gauche ». Je remonte à contre-courant, passe devant la fameuse « Rhumerie Martiniquaise ».
Quelques supers nanas panachent encore avec leur copains déjantés. Des jambes révélées très haut, longues  si possible, quelques chemisiers de satin entrouverts et des yeux allongés, fardés,  des belles « parées à virer »…
Le trottoir n’est plus très encombré et la terrasse du  Café des 2 Magots désertée, celle du Café de Flore à coté, parvient tout juste à garder au chaud quelques tardifs désabusés.
Je décode l’heure dans le reflet d’une vitrine de librairie. Après tout à mon tour de la faire attendre.
Je m’attarde devant les bouquins alignés. Bien évidemment les prix littéraires, les derniers en premier plan, la merde habituelle. Des planches biographiques, quelques photos…
Une attire mon œil ostensiblement.
J’ai de l’eau dans les yeux et du mal à croire ce que je vois.
Je me pincerais presque tant je crois rêver.
Une grande photographie, collée sur un carton, représente justement la place de l’Odéon.
En fait la statue, juste sur cette petite place, près de la bouche du métro, face au cinéma.
Devant cette statue, à demie noyée, une jeune femme semble attendre.
Longs cheveux englués par la pluie, encadrant un visage séduisant au possible.
Sa jupe courte, trempée, adhère à son  bas ventre et prépare à la révélation du dessin de ses longues cuisses. Elle s’appuie contre le socle en ciment, dans une pose lasse, abandonnée.
On voit que la journée est en train de s’achever.
Je n’en reviens pas car cette jeune femme c’est celle que j’attends, celle que j’attendais, il y a encore quelques minutes, en cet endroit précis, où je la vois sur cette incroyable photographie en noir et blanc.
Exactement.
Je me penche davantage, j’essuie un peu de la vitrine souillée  de traînées de cette pluie sale, et… mais oui, dans la perspective du boulevard, je peux enfin distinguer ce type qui s’avance…
Le distinguer et me convaincre que ce bonhomme-là, c’est moi en train de la rejoindre…
J’ai l’impression subite que je viens de parvenir en un point de non-retour, un moment clef de mon existence. C’est comme si je découvrais brusquement, avec surprise, que je suis en train de marcher sur un miroir transcendant qui ploie sous ma vie.
Le vertige me saisit, je frissonne malgré moi !
Il faut que je me procure cette photo et que je fonce  à nouveau  l’attendre - la retrouver, à l’endroit convenu. Mais cette fois c’est moi qui vais être en retard…
Je m’efforce de pousser la vaste porte de verre qui grince et proteste légèrement, mais il est bien trop tard comme l’annonce l'affichette qui  délivre les heures d’ouverture.
Tout à coup la pluie redouble de violence, une invite à presser le pas.
Je redresse mon col et je fais demi-tour.
Je fonce à grand-pas vers le lieu précis de notre rendez-vous.
Ces jours-ci je vois des oracles et des symboles partout.
Cette photo : un signe… ?
Elle doit m’attendre ?
Elle m’attend …
Je me précipite !


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Publié dans "Nouvelles"

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B
Vous donnez à quatre mains une bien jolie symphonie.
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C
Merci Blanche ! Mic appréciera car c'est lui qui a écrit ce passage. C'est notre fameuse nouvelleà quatre mains. Bises
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B
De rêves en mirages...de mirages en réalités...il pleut.... chris,je deviens accro de tes récits...de ces scènes que tu déroule sous nos yeux...si..si je t'assure...je t'ai vu !  Affectueusement à toi cher chris.
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